L’apocalypse normande

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En l’an 1066, une invasion féroce menée depuis les côtes normandes changea à jamais le cours de l’histoire britannique.

Il y a environ mille ans, une invasion féroce et brutale changea le cours de l’histoire britannique. Elle conduisit à des années d’asservissement et de colonisation barbares que certains ont comparées à une « apocalypse ». Guillaume, duc de Normandie, estimait avoir droit au trône d’Angleterre. En tentant de s’en emparer, il a provoqué « l’ouverture d’une faille massive dans la continuité de notre histoire »1, selon l’historien britannique Simon Schama.

« L’histoire anglaise, en particulier, semble être l’œuvre d’une communauté modérée, rarement secouée par des bouleversements. Mais il y a des moments où l’Histoire est peu subtile, où le changement survient de manière violente, décisive, sanglante et traumatisante, comme un déferlement de problèmes, balayant tous les repères qui forment une culture : les coutumes, la langue, les lois, la loyauté. L’an 1066 fut un de ces moments. »2

Si nous examinons le contexte de la bataille d’Hastings, pouvons-nous reconnaître l’importance de cette ligne de fracture et déterminer qui, en fin de compte, en était responsable ?

Un royaume contesté

Vers la fin du premier millénaire de notre ère, les peuples britanniques étaient un mélange de différentes lignées, conséquence inévitable des invasions étrangères. La culture et le sang anglo-saxons s’étaient ajoutés aux anciennes racines celtes. Les Vikings danois habitaient une grande région de l’est de l’Angleterre, appelée Danelaw. Les Vikings norvégiens se trouvaient dans les Orcades, les Shetlands, les Hébrides et le nord-ouest de l’Angleterre. Les Anglo-Saxons occupaient le centre et le sud de l’Angleterre, tandis que les Celtes se trouvaient dans les Cornouailles, au Pays de Galles et en Écosse.

Lorsque Édouard le Confesseur était sur le point de mourir sans héritier, plusieurs prétendants se disputèrent le trône d’Angleterre, notamment Harald Hardrada, roi de Norvège, Guillaume, duc de Normandie, et Harold Godwinson, comte de Wessex.

Édouard mourut le 5 janvier 1066 et Harold Godwinson fut rapidement couronné pour lui succéder en tant qu’homme de la situation. Cependant, Guillaume de Normandie estimait que le nouveau roi Harold lui avait précédemment promis le trône d’Angleterre par serment. Après le couronnement de Harold, il rassembla à la hâte une flotte de plus de 400 navires et convainquit les barons féodaux de ses territoires normands de soutenir sa tentative de conquête du trône. Il sollicita habilement la bénédiction du pape Alexandre II, chef de l’Église catholique, qui approuva son initiative, considérant peut-être Harold comme le souverain d’un pays barbare, voire païen. Le 10 août, la flotte était prête à prendre la mer.

Le climat contribue à façonner l’Histoire

De l’autre côté de la Manche, le roi Harold avait rassemblé 3000 soldats entraînés et 10 000 autres à temps partiel, appelés fyrd, qui étaient tenus de servir le roi 40 jours par an. Cependant, le vent du sud qui aurait permis à Guillaume de traverser la Manche ne se leva jamais. Aussi, Harold renvoya les fyrd le 8 septembre. Quatre jours plus tard, Guillaume leva l’ancre en Normandie, mais une tempête soudaine poussa la flotte vers l’est et l’empêcha de traverser.

Un nouveau rebondissement se produisit alors. Tostig, le frère banni d’Harold, envahit l’Angleterre avec son allié Harald Hardrada, aussi connu sous le nom de Harald III, roi de Norvège. Le 19 septembre, une flotte de 300 navires et 10 000 hommes vainquit la population près de York, dans le nord-est de l’Angleterre. Le roi anglais se rendit alors dans le nord, rassemblant ses forces en cours de route et parcourant 300 km en cinq jours. Le 25 septembre, Harold réussit à vaincre son frère et Hardrada lors de la bataille de Stamford Bridge.

Cependant, Harold apprit quelques jours plus tard que Guillaume avait quitté la France et débarqué à Pevensey, sur la côte sud. Comme aucune armée anglaise organisée n’était prête à les affronter, le roi repartit vers le sud. Il aurait pu s’arrêter à Londres ou dans ses environs afin de conserver peut-être son avantage, empêchant Guillaume de progresser vers le nord depuis la côte, mais il ne le fit pas.

La bataille d’Hastings eut lieu le samedi 14 octobre 1066, durant presque toute la journée, entre les armées normandes et anglo-saxonnes qui étaient à égalité. À un moment clé de la bataille, les Normands semblèrent battre en retraite, permettant aux Saxons de briser leur « mur de boucliers » en les poursuivant, mais ouvrant ainsi des points faibles dans leur propre ligne défensive. Harold et ses deux frères furent tués ; lui-même aurait été mortellement touché par une flèche dans l’œil.

Un changement durable en Grande-Bretagne

Guillaume le Conquérant, comme on l’appelait désormais, fut couronné à l’abbaye de Westminster le 25 décembre 1066. La classe dirigeante anglo-saxonne fut remplacée par les conquérants normands francophones et ce changement eut un impact durable dans le pays. En 1085, Guillaume ordonna un inventaire complet du royaume, comté par comté. Cet inventaire, le tristement célèbre Domesday Book (Livre du Jugement Dernier), lui fournit des informations lui permettant de contraindre, d’infliger des amendes et de confisquer à sa guise. Une telle ressource lui apportait une véritable puissance. La domination normande signifiait que toutes les terres appartenaient à Guillaume qui les contrôlait et les offrait à qui il voulait. Les classes dirigeantes étaient tenues de rendre hommage à Guillaume en prêtant serment d’allégeance et de loyauté. Guillaume mourut peu après en combattant les Français sur le continent, mais la nation anglaise fut changée à jamais.

Les lecteurs réguliers du Monde de Demain se souviendront que des promesses de grandeur nationale avaient été données aux descendants de Joseph (1 Chroniques 5 :1-2 ; Genèse 49 :22-26). Son fils cadet, Éphraïm, allait devenir une grande communauté de nations (Genèse 35 :10-11 ; 48 :17-19) et la nation britannique moderne a accompli cette promesse. À partir du début du 19e siècle, l’Angleterre, qui correspond à l’ancienne tribu israélite d’Éphraïm, est devenue une grande puissance nationale et un empire de nations.

Il est essentiel de noter que ces promesses ne furent pas données à d’autres nations modernes telles que le Danemark, la Norvège ou la France, qui descendent d’autres tribus de l’ancien Israël. Les événements historiques de la bataille d’Hastings furent une étape essentielle dans la réorganisation de la nation britannique, de sa culture et de ses lois, en préparation de son rôle prophétique, plusieurs siècles plus tard, en tant que puissance unifiée sur la scène mondiale. Pour en apprendre davantage sur la place de la Grande-Bretagne dans les prophéties bibliques, lisez notre brochure Les États-Unis et la Grande-Bretagne selon la prophétie.

L’issue de la bataille d’Hastings fut déterminée par la succession des événements. Si nous reconnaissons que Dieu contrôle l’Histoire (Daniel 4 :17), nous pouvons apprécier Son intervention, car Il guida l’issue de cette bataille au moyen d’éléments échappant au contrôle humain. En tant que Créateur de notre planète, Dieu contrôle par exemple son climat (Ésaïe 29 :6 ; 2 Chroniques 6 :26-27). Ce dernier joua un rôle déterminant en retardant la flotte de Guillaume. Lorsqu’elle débarqua finalement, les armées d’Harold étaient épuisées par l’aller-retour à marche forcée jusqu’à Stamford Bridge, dans le nord de l’Angleterre. L’issue aurait été très différente si Guillaume était arrivé deux mois plus tôt. Notre brochure Pourquoi Dieu permet-Il les catastrophes naturelles ? explique comment et pourquoi Dieu utilise les événements climatiques pour mettre en œuvre Son dessein.

L’apocalypse normande qui résulta de la bataille d’Hastings fut un moment important qui força l’Histoire à s’aligner avec le dessein de Dieu, Ses promesses nationales à Abraham et l’accomplissement de la prophétie. En vérité, « le Dieu suprême domine sur le règne des hommes [et] il le donne à qui il lui plaît » (Daniel 5 :21).

  1. A History of Britain, Simon Schama, volume 1, p. 63
  2. Ibid, p. 66

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