Gjoa Haven, Nunavut

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Le 19 mai 1845, Sir John Franklin, un explorateur polaire expérimenté de 59 ans, largua les amarres depuis Greenhithe, en Angleterre. Il dirigeait la dix-neuvième expédition britannique pour essayer de traverser le légendaire passage du Nord-Ouest, afin de trouver une route plus courte vers l’Asie.


 

Franklin était à la tête de deux navires de guerre modifiés, le HMS Erebus et le HMS Terror, dans ce qui deviendra le plus grand des désastres au cours des 300 ans d’exploration britannique. Équipés des meilleurs outils, de la technologie et de l’équipement dont l’Angleterre victorienne disposait, les deux vaisseaux (pesant plus de 350 tonnes chacun) étaient adaptés afin qu’ils puissent dominer leur environnement lorsqu’ils atteindraient le climat glacial de l’Arctique. La proue des navires faisait environ 2,5 m d’épaisseur et elle était recouverte de fer, afin de pouvoir briser la banquise dans ces eaux inconnues. Une librairie de plus de 1000 livres, un orgue et des repas copieux en conserve (une première pour une expédition) avaient été emportés à bord afin que l’équipage soit en bonne santé et qu’il garde le moral.

 

Un désastre inattendu

Une telle confiance était placée dans la puissance et la force de ces forteresses flottantes de l’ère industrielle que la Marine royale fut profondément choquée en apprenant que tous les hommes étaient morts pendant l’expédition. À cause du froid, du saturnisme (peut-être dû au plomb des boîtes de conserve) et du scorbut, l’équipage sombra dans le désarroi après la mort de John Franklin, dix mois après que les vaisseaux eurent été emprisonnés par la banquise au large des côtes de l’île du Roi-Guillaume. Nous découvrons seulement le récit complet de la fin tragique de leur expédition, plus de 170 ans après la disparition de Franklin et de ses hommes. Les épaves de l’Erebus et du Terror ont récemment été découvertes. Des scientifiques canadiens ont mené des examens poussés sur les dépouilles bien préservées des marins, retrouvées sur l’île du Roi-Guillaume. Vers la fin, il semblerait que certains se soient résolus au cannibalisme, car il semblait n’y avoir aucun moyen d’échapper aux prisons glaciales qu’étaient devenus leurs navires. D’autres ont essayé de marcher vers le sud et, à part un rencontre avec des chasseurs inuits qui partagèrent leur repas, plus personne ne les a jamais revus.

 

Une mission flexible

Près de 60 ans après l’expédition de Franklin, à l’été 1903, un petit navire de pêche de 45 tonnes appelé Gjøa (prononcé “djoa” par les Nord-Américains et “yoa” par les Norvégiens) partit d’Oslo sous le soleil de minuit pour essayer de franchir le passage du Nord-Ouest. Le capitaine norvégien de ce navire s’appelait Roald Amundsen. Il avait passé des années à lire au sujet des tentatives ratées pour trouver une route dans ces eaux gelées et il pensait savoir comment réussir là où les autres avaient échoué.

Amundsen comprit que le climat hostile de l’Arctique ne pourrait pas être conquis par une puissance et une force rigides. Au contraire, il fallait être flexible et savoir s’adapter pour réussir à traverser ce paysage gelé. Le Gjøa n’était pas construit pour briser les plaques de glace flottantes, mais plutôt pour se frayer un chemin, grâce à sa frêle silhouette et à son faible tirant d’eau, au travers des passages impossibles à utiliser par des navires plus grands.

En suivant la même route que l’expédition de Franklin, Amundsen décida de passer au sud de l’île Beechey avant de redescendre par le détroit de Peel. La banquise arctique laisse parfois un étroit passage sinueux lorsqu’elle rencontre la ligne côtière plus chaude. C’est empruntant ces passages étroits que le petit bateau de pêche d’Amundsen réussit à ne pas connaître le même sort que l’expédition de Franklin qui avait rapidement été emprisonnée par la banquise. Après avoir longé la côte est de l’île du Roi-Guillaume, Amundsen et son équipage trouvèrent un port naturel qui semblait assez sûr pour amarrer le Gjøa pendant l’hiver. Ce lieu s’appelle désormais Gjoa Haven et une petite communauté d’un millier d’Inuits y habite.

 

Apprendre à s’adapter

Ce sont les Inuits qui ont appris à Amundsen comment survivre dans ce climat froid et rigoureux. Alors que les Inuits étaient considérés comme des sauvages sans éducation par les explorateurs britanniques, Amundsen passa au contraire du temps auprès d’eux afin d’apprendre tout ce qu’il pouvait, en reconnaissant qu’ils possédaient de grandes connaissances en matière de survie dans l’Arctique. Il remplaça ses vêtements de laine par des sous-vêtements en peau et en fourrure de caribou, il apprit à construire un igloo, ainsi qu’à chasser et à pêcher dans ce paysage morne et désolé. Une des compétences les plus importantes qu’il apprit fut de voyager sur la terre ferme avec des chiens de traîneaux. (En 1911, cela lui permit de devenir le premier homme à atteindre le pôle Sud, en arrivant cinq semaines avant la funeste expédition de Robert Falcon Scott.)

Après avoir passé deux hivers avec les Inuits à Gjoa Haven, Amundsen repartit avec son équipage, en manœuvrant à travers des passages très étroits dont la profondeur n’atteignait parfois qu’un mètre. Avec ses navires de guerres modifiés, Franklin n’aurait jamais pu naviguer dans ces eaux difficiles. Finalement, le 26 août 1905, l’équipage aperçut un autre navire : un baleinier américain de San Francisco. Le passage du Nord-Ouest avait finalement été traversé.

En comparant les stratégies de l’expédition ratée de Franklin à celle couronnée de succès d’Amundsen, nous pouvons apprendre une leçon importante. Nous pouvons souvent, même inconsciemment, placer trop de foi et de confiance dans les avancées scientifiques et technologiques, dans la grandeur du design et de l’innovation humaine, ou dans les réussites impressionnantes des entreprises ou des institutions de notre société. Franklin et ses hommes pensaient que les provisions matérielles et les avancées technologiques seraient suffisantes pour surmonter tout ce qu’ils pourraient rencontrer. Au contraire, Amundsen fut capable de naviguer dans les eaux traîtresses de l’Arctique, grâce à un navire plus petit – un parallèle qui n’est pas sans rappeler le récit de David et Goliath.

Nous pouvons lire dans Luc 12 :32 que Dieu travaille au travers d’un « petit troupeau » pour mener à bien les dernières étapes de Son Œuvre, avant que Jésus-Christ ne revienne triomphalement sur la Terre. Ce troupeau n’est pas composé des éléments les plus riches, puissants ou éduqués de la société. Au contraire, « Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes » (1 Corinthiens 1 :27). L’apôtre Pierre était considéré comme manquant d’éducation, mais cependant, il possédait la vérité et la compréhension qui conduisent à la vie éternelle.

De la même manière, les Inuits étaient considérés comme des sauvages, mais ce sont eux qui détenaient les clés de la survie dans un environnement hostile.

Nous devrions nous inspirer de la sagesse de Roald Amundsen en ne plaçant pas notre confiance ou notre foi dans les « grands navires » – ou plus précisément, dans les cérémonies en grande pompe des « méga-Églises » – même si cela peut sembler impressionnant d’un point de vue humain. Notre foi et notre confiance devraient uniquement être placées en Dieu, en nous reposant entièrement sur Lui pour naviguer à travers n’importe quel type d’eaux.

Route empruntée par Amundsen

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