fbpx La Chine, la démocratie et le christianisme | Le Monde de Demain

La Chine, la démocratie et le christianisme

Commenter cet article

L’ascension de la Chine et l’avenir de l’Occident sont des préoccupations imminentes pour beaucoup de gens, mais que nous révèlent l’Histoire et la Bible au sujet de leur destinée ?

En juillet de cette année, les démocraties occidentales ont pris note d’un incident lorsque Tong Ying-Kit, employé dans un restaurant à Hong Kong, a été condamné à 9 ans de prison pour terrorisme et incitation à la sécession. Il s’agit de la première peine de ce genre sous la nouvelle loi imposée par les dirigeants chinois à cette région semi-autonome. Tong avait foncé en moto sur un groupe de policiers, en brandissant un drapeau où était inscrit : « Libérer Hong Kong : une révolution de notre temps. »1

Pendant une grande partie des 20 derniers siècles, la Chine a été la nation la plus riche du monde. Elle fut le berceau de grandes inventions comme le papier, l’imprimerie, le compas magnétique et la poudre à canon, mais les Occidentaux ont considéré que la Chine n’était pas digne de respect, surtout aux 19ème et 20ème siècles. Elle s’est opposée autant qu’elle a admiré les idées occidentales de démocratie et de liberté d’expression.

La Bible se réfère à la Chine sous l’identité de certains peuples descendant de Japhet, un des fils de Noé. Beaucoup de ceux qui étudient la Bible ont entendu parler de l’armée prophétisée de 200 millions d’hommes qui s’avance depuis l’est vers l’Euphrate (Apocalypse 9 :14-16). Naturellement, elle est associée à la Chine. Il est cependant intéressant de noter que la Bible ne mentionne nulle part que la Chine prendra les armes contre les descendants modernes de l’ancien Israël, avant le retour du Christ.

Pourquoi l’Occident a-t-il donc une vision si négative de la Chine ? Et comment la Chine voit-elle les nations occidentales ? Pouvons-nous comprendre ce qui se cache derrière ce grand manque de confiance à l’égard des actions et des valeurs occidentales ?

La Chine et la Grande-Bretagne : un passé trouble

La Chine a combattu contre la Grande-Bretagne au cours de la première guerre de l’opium de 1839 à 1842. La France a rejoint le combat contre la Chine pendant la seconde guerre de l’opium de 1856 à 1860. Ces guerres ont conduit à une défaite de la Chine qui a cédé le territoire de Hong Kong à la Grande-Bretagne et qui a ouvert les ports chinois au trafic occidental. De plus, les étrangers présents en Chine furent désormais soumis à la loi de leur pays d’origine et non à la loi chinoise.

En raison de ces concessions, les autorités chinoises ne purent pas intervenir lorsque des marchands britanniques vendirent d’énormes quantités d’opium, produit en Inde britannique, à des dizaines de milliers de Chinois qui en devinrent dépendants. La Grande-Bretagne ignora les requêtes des autorités chinoises pour faire cesser ce commerce.2

Certains historiens affirment que les guerres de l’opium ont été provoquées par le traitement brutal des étrangers par les Chinois, mais même si c’était vraiment le cas, cela justifierait-il le commerce de drogues addictives qui étaient illégales en Angleterre ? Assurément, la Chine a eu une relation tendue avec les nations et les valeurs occidentales.

Nous en voyons une illustration pendant la révolte des Taiping qui eut lieu entre les deux guerres de l’opium. En 1837, Hong Xiuquan, âgé de 23 ans, tomba malade et au cours de cette maladie il crut que le Dieu des cieux lui était apparu en songe et lui avait donné un message sur le vrai mode de vie. Hong fut également influencé par un missionnaire américain baptiste du Sud et il commença à étudier la Bible. Finalement, lui et Feng Yunshan, un de ses disciples à la tête de la « Société des adorateurs de Dieu », unirent leurs forces et leurs idées se répandirent.

Hong cherchait à créer un nouveau gouvernement en Chine, une théocratie dont il serait le dirigeant. Son mouvement fut renforcé par le sentiment croissant, en particulier chez les Hans (des autochtones chinois), que l’Empire des Qing basé en Mandchourie, avait fait son temps, surtout après les résultats catastrophiques de la première guerre de l’opium. En 1644, l’Empire des Qing avait renversé la puissante dynastie Ming pour devenir seulement la deuxième force étrangère qui dirigea la Chine. Bien que l’Empire des Qing unifiât les Mandchous, les Hans et quelques Mongols, beaucoup de Chinois considéraient les Qing comme un oppresseur étranger, malgré tout « moins étranger » que les Britanniques.

Le mouvement de Hong prit de l’ampleur et des millions de partisans s’y rallièrent rapidement. En 1849, il s’étendait dans plusieurs régions chinoises et il entra bientôt dans une nouvelle phase en déclarant une guerre ouverte contre les Qing. Hong déclara que son frère, Jésus, lui avait dit d’établir le Royaume céleste des Taiping sur la Terre. « En 1850, prétendant que Jésus l’avait exhorté à “combattre pour les Cieux”, Hong commença à armer ses partisans. Bientôt, les Adorateurs de Dieu achetèrent de grandes quantités de poudre à canon et ils commencèrent à s’organiser selon une hiérarchie militaire. »3

Les partisans de Hong formèrent des unités militaires particulièrement disciplinées, à la fois masculines et féminines. En 1852, ils s’étaient emparés de Nanjing, la capitale méridionale des Qing. Ces derniers étaient clairement en difficulté. Les pays occidentaux observaient la situation, en soutenant parfois les deux côtés et espérant s’emparer du contrôle total du pays pour eux-mêmes. La seconde guerre de l’opium éclata en 1856 et Hong espérait que les forces occidentales lui viendraient en aide. Mais après que les Qing eurent accepté les exigences occidentales, ils écrasèrent les Taiping en 1864, avec l’aide du major général britannique Charles Gordon. Le prix payé par la Chine fut horrible. Les estimations varient, la rébellion des Taiping aurait emporté entre 20 et 70 millions de vies, en faisant un des conflits les plus meurtriers de l’histoire humaine.

La Chine était dévastée, l’Empire des Qing était en lambeaux avec une économie ruinée par la pauvreté et la famine suite à la guerre, et les territoires étaient contrôlés par des seigneurs de guerre locaux. Est-il surprenant que, de nos jours, tant de Chinois craignent une influence occidentale qui serait hors de contrôle ? Quant à ceux qui seraient tentés d’éprouver de la sympathie pour Hong avec son soi-disant amour de la Bible et des lois divines (dont le sabbat du septième jour), n’oublions pas que le postulat de départ de sa rébellion montrait sa profonde ignorance concernant l’attitude que les Écritures enseignent vis-à-vis des autorités nationales :

« Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures ; car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu. C’est pourquoi celui qui s’oppose à l’autorité résiste à l’ordre que Dieu a établi, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes […] Il est donc nécessaire d’être soumis, non seulement par crainte de la punition, mais encore par motif de conscience » (Romains 13 :1-2, 5).

Un puissant empire

En parlant des 200 dernières années de l’histoire chinoise, peu d’Occidentaux se donnent la peine de considérer les millénaires passés de la civilisation chinoise, avant de porter un jugement ou d’établir des politiques concernant cette région à l’histoire très ancienne.

Lorsque l’explorateur portugais Fernão Pires de Andrade entra dans le port de Guangzhou, au sud de la Chine, en 1517, ses huit navires usés par les intempéries semblaient bien petits comparés aux immenses vaisseaux de la flotte Ming. Voyez plutôt :

« Les remparts étaient couverts de bannières en soie, tandis que sur les tours s’élevaient des mâts depuis lesquels flottaient également des drapeaux en soie, tellement grands qu’ils auraient pu servir de voiles […] Telle est la richesse de ce pays, telle est l’abondance de soie, qu’ils gaspillent de la feuille d’or et de la soie sur les drapeaux, alors que nous utilisons des couleurs peu onéreuses et des étoffes de lin brut. »4

Ce qu’Andrade et son équipage ne savaient pas est qu’entre l’unification de la Chine sous l’empereur Qin (vers 250 av. J.-C.) et leur visite à Guangzhou, la Chine eut la plupart du temps le PIB le plus élevé au monde. C’était aussi la société la plus riche, la plus organisée et la plus avancée sur Terre. Les dynasties comme celles des Hans (de -206 à 220 de notre ère), des Tang (618-907), des Song (960-1279) et des Ming (1368-1644) ont régné sur un vaste empire, plus étendu que le territoire actuel de la Chine. Dès l’époque de la Rome antique, l’interaction limitée entre l’Europe et la Chine ne se faisait pas en direct, mais plutôt au moyen d’intermédiaires originaires d’Asie centrale et du monde arabe.

Marco Polo visita la Chine entre 1271 et 1295 de notre ère, devenant un proche associé des classes dirigeantes de l’époque. Mais il vit la nation pendant une époque où elle avait été conquise par un peuple étranger, les Mongols – initialement dirigés par Kubilai Khan – qui établirent leur domination sous la dynastie des Yuan (1259-1368). Les Chinois ont toujours considéré les Yuan comme des étrangers et ils les ont finalement expulsés en 1368. La riche et puissante ère des Ming lui succéda, mais la plupart des richesses restèrent dans la région, alors que la Chine se renferma sur elle-même lorsque l’Empire britannique s’étendait à travers le globe.

Une incursion troublée vers l’Ouest

Il y a un siècle, la Chine a joué un rôle mineur, mais significatif, en aidant les puissances alliées pendant la Première Guerre mondiale, mais ses efforts furent largement ignorés après coup. Néanmoins, suite à cet engagement avec l’Ouest, il n’est pas surprenant qu’un certain nombre d’idées occidentales se soient enracinées en Chine, dont l’idéologie communiste développée un siècle plus tôt par le philosophe allemand Karl Marx. Suite à la terrible attaque japonaise contre la Mandchourie en 1931, une grande partie de la population chinoise s’est ralliée à Mao Zedong, le dirigeant du Parti communiste chinois, qu’ils considéraient comme le leader de la lutte contre le Japon. Finalement, les forces nationalistes chinoises battirent en retraite sur l’île de Taïwan et Mao prit les rênes du pouvoir, en dirigeant avec une idéologie si occidentale que pendant la révolution culturelle des années 1960, il était interdit d’étudier les anciens philosophes chinois comme Confucius.

Certains pourraient trouver ironique qu’une nation aussi méfiante à l’égard des influences étrangères ait adopté aussi promptement l’idéologie européenne du marxisme. Peu après la mort de Mao Zedong, il est significatif que le Parti communiste chinois adoptât un système appelé « socialisme aux caractéristiques chinoises ». Après la mort de Mao en 1976, Den Xiaoping prit la tête de la République populaire de Chine. Il avait la tâche de reprendre un pays qui avait enduré un siècle et demi de lutte, de guerre, de famine et de leadership contestable, afin de le faire entrer dans le monde moderne. Malgré les opinions que peuvent avoir les gens sur la Chine actuelle, ce changement s’est effectué plus rapidement et avec une plus grande magnitude que dans n’importe quelle autre nation au cours de l’Histoire connue. L’échelle et l’ampleur de cette transformation, surtout en tenant compte de l’importante population chinoise, est sans parallèle dans l’histoire humaine.

Cela nous amène à l’époque actuelle. Les dirigeants chinois ont pu constater par eux-mêmes l’attrait des idées occidentales, ainsi que les dégâts qu’elles ont causés dans leur nation. Mais ils veulent aussi apporter la prospérité à leur peuple et retrouver la puissance, l’influence et le respect que leur pays détenait jadis.

Jésus-Christ apporta le christianisme à un Empire romain où la démocratie était vilipendée, mais Il ne conseilla jamais la rébellion. Il savait qu’en dehors du Royaume de Dieu, aucun autre gouvernement ne pourrait diriger notre monde troublé – et que Lui seul, en tant que Roi, pourrait apporter la paix et la prospérité dont notre monde a tant besoin. Nous prions pour tous ceux qui sont opprimés de nos jours, mais en tant que chrétiens, notre supplication ultime ne devrait pas être « Libérer mon pays », mais plutôt « Que ton règne vienne ! »

1Hongkong : un premier suspect reconnu coupable en vertu de la loi sur la sécurité nationale”, Le Monde, 27 juillet 2021
2Histoire mondiale de la guerre économique, “Les guerres de l’opium”, Ali Laïdi, éditions Perrin, 2016, pp. 277-291
3Taiping Rebellion”, History.com, 21 août 2018
4China Has Dominated the West Before”, The Atlantic, 6 juin 2020

AUTRES ARTICLES DANS CETTE REVUE

Voir +