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À notre propre image

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À force de vouloir se prendre pour Dieu dans le domaine de l’intelligence artificielle, nos efforts nous ont enseigné quelque chose d’important au sujet de l’identité humaine.

L’intelligence artificielle, ou IA, fait désormais partie de notre vie quotidienne. Elle est présente dans les applications informatiques, elle reconnaît notre visage pour déverrouiller notre smartphone et elle décide quelles publicités s’afficheront lorsque nous naviguons sur Internet. Elle est omniprésente au point que nous n’y prêtons même plus attention. Les utilisateurs de Snapchat font des vidéos pour leurs amis en utilisant des filtres amusants les faisant ressembler à des animaux ou des personnages de dessin animé, sans se rendre compte que ce sont les avancées en termes d’IA qui rendent cela possible.

Des nouvelles avancées dans l’IA sont sans cesse annoncées. Certaines sont intéressantes, comme le succès du programme AlphaGo de DeepMind qui a battu des champions mondiaux de jeu de go, tandis que d’autres sont inquiétantes. Les Nations Unies rapportent ainsi que des drones auraient été utilisés au cours de récents conflits pour attaquer des combattants humains et prendre la décision de « tuer » sans aucune intervention humaine.

Malgré toutes les façons dont l’IA transforme notre vie et notre monde, elle échoue toujours dans un domaine qui vient immédiatement à l’esprit en entendant les mots « intelligence artificielle ». Aussi impressionnantes que soient la plupart des applications d’IA, elles sont remarquablement stupides par rapport aux êtres humains.

Sur votre smartphone, votre application GPS peut bien trouver la meilleure route depuis un restaurant jusqu’à votre hôtel, mais elle est incapable de parler avec vous du restaurant où vous venez juste de manger. AlphaZero (un “descendant” d’AlphaGo) vous battra aux échecs, mais il ne pensera pas à mettre l’échiquier de côté et à passer du temps à l’extérieur. Les drones dotés d’une IA qui auraient été employés pour attaquer des soldats pendant la guerre civile en Libye ne se sont jamais penchés sur les implications morales de leurs actions.

Voici ce qu’a écrit Dave Gershgorn pour la revue Quartz :

« De nos jours, notre meilleure IA peut accomplir des tâches très spécifiques. L’IA peut identifier ce que contient une image avec une précision et une vitesse phénoménales. L’IA peut transcrire nos paroles à l’écrit ou traduire des extraits de texte d’une langue à une autre. Elle peut analyser les performances de la bourse et essayer de prévoir les résultats. Mais tous ces algorithmes sont distincts et chacun d’entre eux a été spécifiquement configuré par des êtres humains afin d’exceller dans leur tâche. Un algorithme de reconnaissance vocale ne peut pas donner la définition des mots qu’il transcrit, pas plus qu’un algorithme de traduction. Ils ne comprennent pas ; ils font juste correspondre des motifs. »1

« Ils ne comprennent pas. » C’est là où le bât blesse. Dans les années 1950, grisés par le succès dans le domaine assez récent de l’informatique – et motivés par la croyance que l’homme n’était finalement rien d’autre qu’une machine très complexe – de nombreux chercheurs imaginèrent qu’en quelques décennies, des ordinateurs pourraient être conçus avec une capacité d’apprentissage et de compréhension équivalente à l’esprit humain. À l’aide de câbles, de circuits imprimés et de notre propre ingéniosité, nous serions un jour capables de nous répliquer nous-mêmes avec la technologie, en créant des machines qui penseraient comme nous.

Le temps n’a pas été tendre avec leurs ambitions et la tâche s’est avérée bien plus ardue que prévue.

De l’IA à l’IAG

Cependant, le rêve est toujours vivace et des scientifiques informaticiens à travers le monde essaient toujours de créer une machine à notre propre image, une machine qui penserait vraiment. Afin de différencier l’approche étroite consistant à « résoudre des problèmes » qui dominent la plupart des travaux actuels dans le domaine de l’IA et l’objectif plus ambitieux de créer des programmes ou des systèmes capables de penser et de comprendre de la même manière que l’esprit humain, beaucoup de chercheurs qualifient ce domaine « d’intelligence artificielle générale » ou IAG.

Comme pour l’IA, des avancées remarquables ont été effectuées dans l’IAG. Mais à quel point nous approchons-nous de créer des machines qui puissent vraiment penser et comprendre comme nous ?

Un des prototypes les plus connus d’IAG est le robot Sophia. Construit par Hanson Robotics, basé à Hong Kong, Sophia ressemble au buste d’une femme, avec un « visage » semblable à un humain, ainsi que des câbles et des composants visibles à l’arrière de sa « tête ». Les médias en ont beaucoup parlé. Cette machine a été programmée pour suivre les visages humains, reproduire des expressions humaines et répondre à une conversation humaine.

Sophia est apparue dans les médias en octobre 2017 lorsque l’Arabie Saoudite l’a déclarée comme « sa » première citoyenne non-humaine. Un mois plus tard, les Nations Unies « lui » ont accordé le titre de « championne de l’innovation ». Elle a donné des discours devant de larges auditoires et elle a été invitée dans des émissions télévisées. Sophia a été présentée comme un immense pas en avant dans la robotique, ainsi que la pensée et l’interaction au niveau humain.

La réalité est moins impressionnante.

Bien que Sophia utilise une véritable technologie d’IA, et qu’elle soit une opportunité précieuse pour la recherche, ce robot animatronique fait aussi partie d’un coup publicitaire. « Ses » discours sont généralement écrits à l’avance et ses créateurs reconnaissent que Sophia est une sorte de « personnage de science-fiction, basé sur un humain, qui annonce l’avenir de l’IA et de la robotique »2, pas un exemple véritable et fonctionnel de cet avenir. En novembre 2017, le site d’actualité scientifique The Verge rapportait que Ben Goertzel, ancien responsable scientifique de Hanson Robotics, considérait Sophia comme un moyen artistique d’inspirer les autres à croire au potentiel de l’IAG, pas un véritable accomplissement de ce potentiel.3

Création ou imitation ?

Bien que Sophia inspire le débat, voire la dérision, les véritables avancées de l’IA vont de l’avant et atteignent de nouveaux sommets de réussite technologique, tout en révélant le chemin qu’il reste encore à parcourir.

À l’été 2020, la société OpenAI, basée à San Francisco, a révélé son système d’IA appelé GPT-3. Le New York Times rapporta que le GPT-3 était entraîné au moyen de l’apprentissage automatique pour apprendre à « comprendre » le langage humain, en l’alimentant de presque 1000 milliards de mots trouvés sur Internet – un processus qui a pris des mois, coûté des dizaines de millions de dollars et requis des superordinateurs spécialisés. Les résultats sont impressionnants. Lorsqu’il fut demandé au système de répondre à la question : « Comment devenons-nous plus créatifs ? » dans le style du psychologue Scott Barry Kaufman, voici ce qu’il a répondu :

« Je pense que l’expression créative est un sous-produit naturel provenant du fait de grandir dans un monde diversifié. Plus le monde est diversifié, plus vous êtes exposé à des gens différents, à des opportunités différentes, à des lieux différents et à des défis différents. Et plus il est diversifié, plus vos chances augmenteront de relier des points afin de former quelque chose de nouveau. De bien des manières, je pense que si vous voulez être créatif, vous devez franchir le pas. Si vous voulez être écrivain, vous devez écrire ; si vous voulez être musicien, vous devez créer de la musique ; si vous voulez être comédien, vous devez créer de la comédie. Et plus vous créerez, plus il est probable que vous découvrirez des choses intéressantes. »4

Kaufman lui-même a reconnu que ce paragraphe ressemblait étrangement à ce qu’il aurait pu dire, bien qu’il ait été entièrement rédigé par l’IA. Les capacités du GPT-3 ne se limitent pas à imiter des auteurs. Il a aussi démontré sa capacité à générer des poèmes, des histoires et de la musique, à pratiquer des jeux auxquels il n’était pas programmé à jouer (comme les échecs ou le go), voire à créer du code informatique original et fonctionnel. Certains résultats ont même surpris les créateurs du système.

David Chalmers, professeur de philosophie et de neurologie à l’université de New York, a qualifié le GPT-3 « d’un des systèmes d’IA les plus intéressants et les plus importants jamais produits », ajoutant que sa capacité à gérer des tâches entièrement nouvelles après avoir été exposé à quelques exemples montrait « les premiers signes de l’intelligence générale ».5 Mais le GPT-3 pense­-t-il ? Ce système est-il vraiment au point d’atteindre l’intelligence artificielle générale ?

La réponse est non. L’article précédemment cité du New York Times notait encore que « si vous demandez dix paragraphes dans le style de Scott Barry Kaufman, il pourra vous en donner cinq qui sont convaincants et cinq qui ne le sont pas ». Comme l’informaticien Mark Riedl l’a expliqué :

« Il est très éloquent. Il est très bon pour produire des textes qui semblent raisonnables. En revanche, il n’est pas capable de penser à l’avance. Il ne prévoit pas ce qu’il va dire. Il n’a pas vraiment un but. »6

La création du GPT-3 fut une immense réussite pour ses créateurs humains. Mais qu’est-ce que le GPT-3 a accompli par lui-même ?

Le neurochirurgien Michael Egnor a souvent mis en avant la différence fondamentale entre le traitement informatique des données et la véritable réflexion intelligente. Dans le passage suivant, il cita les conclusions du philosophe Ed Feser :

« En les prenant pour ce qu’ils sont et en dehors des intentions de leurs concepteurs, les courants électriques dans un ordinateur électronique sont aussi dénués d’intelligence ou d’intention que les courants circulant dans les câbles de votre grille-pain ou de votre sèche-cheveux. Il n’y a vraiment aucune intelligence à ce niveau-là. L’intelligence vient entièrement des concepteurs et des utilisateurs de l’ordinateur. »7

Nous allons assurément continuer à développer des machines de plus en plus avancées, capables d’imiter les réactions des humains de façon extrêmement convaincante. Vu les capacités impressionnantes du GPT-3, que pouvons-nous attendre du GPT-4 ou du GPT-5 à venir ? Mais, comme Egnor l’a souligné :

« Il n’y a pas une once d’intelligence dans un ordinateur. Les êtres humains sont intelligents et nous utilisons des ordinateurs pour représenter et optimiser notre intelligence humaine. Toute la logique “dans” un ordinateur est en réalité de la logique humaine, représentée dans un ordinateur » (ibid.).

Les mains expertes d’une équipe d’artistes numériques peuvent créer une version virtuelle du Grand Canyon, avec suffisamment de puissance de traitement, en imitant des détails aussi précis que la texture des pierres et les effets visuels des particules de poussière flottant dans l’air et diffusant la lumière du soleil. Mais le résultat n’en reste pas moins une imitation. Le Grand Canyon a été représenté, mais il n’a pas été dupliqué.

De la même manière, les programmeurs mettent leur talent en commun pour produire des systèmes comme le GPT-3, mais les résultats de leur travail ne sont que des imitations. Les créateurs du premier calculateur numérique n’ont pas créé une machine qui comprenait l’arithmétique. Ils conçurent simplement un système capable d’imiter leur propre travail d’arithmétique. Jusqu’à présent, les tentatives de créer une intelligence artificielle générale n’ont montré aucun signe d’espoir permettant de créer des machines qui pourraient vraiment comprendre ce qu’elles font, peu importe l’envergure des imitations.

L’esprit n’est-il que de la matière ?

Existe-t-il un problème fondamental dans la recherche sur l’IA ? Existe-t-il des postulats de départ qui vouent à l’échec les efforts des chercheurs essayant de reproduire la pensée humaine au moyen de microprocesseurs et de réseaux, des éléments manquants qui rendent l’IAG hors d’atteinte ?

Les tentatives pour créer une intelligence vraiment semblable à celle des humains et à ses caractéristiques associées – la conscience, le libre arbitre et la pensée abstraite – sont ancrées dans des postulats de départ matérialistes. Les chercheurs prennent pour acquis le fait que la seule réalité repose sur le monde matériel, c’est-à-dire la matière physique, l’énergie de l’Univers et les forces physiques qui agissent en conséquence. Leurs travaux reposent sur l’idée que la matière est essentiellement tout ce qui constitue l’esprit.  

En effet, la matière a un impact sur l’esprit humain. Les êtres humains sont des êtres physicochimiques. Comme le reste de la création nous entourant, nous sommes constitués d’arrangements spécifiques d’atomes et de molécules. Le cerveau humain, qui joue un rôle essentiel dans notre pensée, est clairement un objet physique, constitué d’un vaste réseau de neurones impliqués dans des transmissions chimiques et électriques. Les neuroscientifiques disposent de nombreux outils leur permettant de mesurer à quel point des activités et des sentiments différents activent des régions distinctes du cerveau. Des études montrent que les lésions cérébrales peuvent modifier spectaculairement la personnalité d’un individu et des chercheurs ont découvert que le fait d’appliquer un champ magnétique à une partie du cerveau pouvait même altérer les choix moraux pris par le sujet. Il ne fait aucun doute que notre cerveau physique joue un rôle essentiel pour définir l’individu que nous sommes.

L’esprit supérieur à la matière

De nombreuses preuves montrent que notre esprit est bien plus que le cerveau. Il existe quelque chose, allant au-delà des limites physiques et chimiques du cerveau humain, qui contribue également à former notre esprit.

Le neurochirurgien Egnor mentionne souvent les travaux de deux individus célèbres dans le milieu de la recherche neurologique : Roger Sperry et Wilder Penfield.

Sperry a obtenu le prix Nobel de physiologie ou médecine pour sa célèbre recherche sur l’asymétrie cérébrale, avec des sujets humains dont le corps calleux avait été endommagé – la connexion entre les hémisphères droit et gauche de leur cerveau était totalement coupée. Les sujets semblaient se comporter normalement, même avec une moitié du cerveau incapable de communiquer avec l’autre. Mais les expériences de Sperry montrèrent des détails intrigants, comme lorsque des patients étaient incapables de décrire un objet qu’ils voyaient d’un seul œil, car le centre cérébral de la parole était situé dans l’hémisphère n’ayant pas accès à l’image que l’autre œil voyait.

Il découvrit aussi que la puissance de raisonnement de ses sujets et leur pensée abstraite étaient intactes. L’intervention chirurgicale avait limité l’information à laquelle ils avaient accès – par exemple, l’œil droit ne pouvait pas transmettre l’information à l’hémisphère gauche – mais leur capacité à raisonner, à émettre des hypothèses et à penser de manière conceptuelle n’était absolument pas altérée, bien que leur cerveau soit littéralement divisé en deux parties distinctes, incapables de communiquer entre elles.

Pour rendre compte intégralement de sa recherche, Sperry déclara qu’il ne faut pas prendre en compte le domaine des idées et de la conscience comme un sous-produit des substances chimiques et des molécules du cerveau, mais plutôt comme des éléments essentiels qui agissent sur ces substances chimiques et ces molécules. Voici sa conclusion :

« Les forces mentales dans ce contexte particulier sont propulsées au premier plan, pour ainsi dire. Elles donnent les ordres, elles poussent et elles mettent en mouvement les processus physiologiques et physicochimiques autant, voire davantage, que ces derniers les contrôlent. C’est une configuration qui place l’esprit à son ancienne place, étant supérieur à la matière, dans un sens – pas inférieur, ou en dessous, ou à côté. »8

Selon la formulation de Sperry, restreindre l’esprit humain aux composants physiques du cerveau ne tient pas compte de l’activité complexe de la pensée, de la conscience et de la volonté humaine. Sans renier le fait que les humains possèdent un cerveau physique semblable à celui des animaux, Sperry affirma que son point de vue concernant l’esprit « nie, cependant, le fait que les propriétés supérieures humaines dans l’esprit et la nature de l’homme soient identiques, ou réductibles, aux composants qui les forment. »

Les avancées du neurochirurgien Wilder Penfield, dans le domaine de la chirurgie cérébrale pour contrôler l’épilepsie, apportent une autre indication que « l’esprit » transcende le cerveau physique. Penfield a découvert qu’en pratiquant une chirurgie cérébrale sur des patients en état de conscience, il pouvait déclencher chez eux des phénomènes particuliers en stimulant différentes zones du cerveau. Les patients pouvaient ressentir des sensations visuelles, olfactives et d’autres réactions physiques, y compris des émotions, qui étaient simplement déclenchées par une stimulation électrique d’une certaine zone de leur cerveau.

Cependant, il nota qu’il était impossible de produire un résultat en particulier : aucun stimuli ou impulsion du cerveau n’a jamais produit une pensée abstraite chez un patient. Cela n’a jamais produit un mouvement dans l’intellect ou la pensée conceptuelle du patient. Bien que les sensations physiques puissent être déclenchées mécaniquement dans le cerveau des patients, rien ne permettait de susciter des pensées abstraites et des concepts. En fait, puisque les patients pouvaient communiquer avec lui et réfléchir au sujet des sensations illusoires qu’il déclenchait, il comprit que l’intellect, la volonté et le raisonnement humain étaient, d’une certaine manière, indépendants du travail qu’il effectuait sur le cerveau physique.

Penfield débuta sa carrière comme un matérialiste, en pensant que le cerveau humain ne comportait rien d’autre qu’un ensemble de matériaux le composant, mais ses 30 ans de carrière en neurochirurgie le forcèrent à reconsidérer cette position et il finit par aboutir à la conclusion contraire : à savoir qu’il existe quelque chose en dehors du cerveau, qui complète l’esprit humain et qui contribue à ses facultés supérieures.

L’élément manquant

À travers leurs recherches, Sperry et Penfield ont développé l’idée que l’esprit humain n’est pas complètement réductible à des composants physiques cérébraux et qu’il possède des éléments additionnels. Ce concept se retrouve précisément dans les pages de la Bible, sous l’inspiration divine. Il nous est dit qu’il y a « un esprit qui est dans les hommes, et le souffle du Tout-puissant leur donne de l’intelligence » (Job 32 :8, Darby). C’est effectivement l’esprit de l’homme qui lui donne la connaissance et la compréhension : « Qui donc, parmi les hommes, connaît les choses de l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui ? » (1 Corinthiens 2 :11). Ce n’est pas une âme immortelle ; c’est un élément essentiel de l’esprit humain mortel, donné par Dieu, qui permet aux hommes et aux femmes d’être ce qu’ils ou elles sont.

La combinaison de l’esprit de l’homme et du remarquable cerveau humain produit le phénomène que nous connaissons sous le terme d’esprit humain, ou de pensée humaine. De la même manière qu’un pianiste devant son clavier produit de la musique, l’esprit et le cerveau de l’homme travaillent ensemble afin de rendre possible les pensées, les projets et la conscience. Si vous séparez le piano de l’instrumentiste, la musique s’arrête. De la même manière, si vous séparez l’esprit de l’homme du cerveau humain, les pensées s’arrêtent. Le livre des Psaumes décrit la condition humaine à la mort : « Son esprit sort, et l’homme retourne en sa terre, et en ce jour-là ses desseins périssent » (Psaume 146 :4, Martin).

Considérez la différence entre un « piano mécanique » – un instrument équipé d’un rouleau perforé reproduisant des instructions programmées à l’avance pour enfoncer les touches – et un musicien en chair et en os assis devant un instrument bien accordé prêt à jouer un chef-d’œuvre. Superficiellement, il peut y avoir une ressemblance, mais dès que le rouleau a été entièrement joué, il n’y a plus aucune similarité. De la même manière, toutes les tentatives de créer une IAG ont échoué à capter la formidable réalité du cerveau humain.

Nous pourrions, et nous allons presque certainement, nous approcher d’imitations de plus en plus convaincantes. Mais le rêve de reproduire entièrement et véritablement les merveilles de l’esprit humain à l’aide de circuits intégrés et de connexions en cuivre restera ce qu’il a toujours été : un rêve.

Une IA limitée et une humanité illimitée

Les êtres humains continueront à fabriquer des approximations fascinantes d’eux-mêmes, alors que les scientifiques développent des logiciels de plus en plus complexes qui peuvent interagir avec des êtres vivants. Cela apportera assurément des implémentations de plus en plus larges aux intelligences artificielles qui, de nos jours, ne résolvent que des problèmes bien précis.

Mais plus nous avançons dans l’imitation de nous-mêmes au moyen de l’IAG, plus nous découvrons les nuances complexes de notre propre image. Plus nous apprenons à tenter de « reproduire » ou de répliquer notre humanité, plus nous en apprenons à notre sujet, y compris dans les formidables découvertes révélant que nous sommes bien plus qu’un assemblage de substances chimiques produites par des processus physiques reproductibles. Nous sommes bien plus que la somme de nos composants physiques. Notre conception est vraiment formidable.

Voyez combien ce commentaire de Wilder Penfield est approprié :

« Nous savons vraiment peu de choses au sujet de la nature et de l’esprit de l’homme et de Dieu. Nous sommes maintenant devant cette frontière intérieure de l’ignorance. Si nous pouvions la franchir, nous pourrions découvrir le sens de la vie et comprendre la destinée de l’humanité. »9

Effectivement, Dieu révèle ce que l’humanité est incapable de découvrir : non seulement le fait qu’il y a un esprit dans l’homme, mais aussi que l’humanité possède une formidable destinée conçue par son Créateur.

Cette destinée ne se trouvera pas dans les péripéties de l’homme pour créer une technologie à son image, mais dans sa redécouverte qu’il a été fait à l’image d’un Autre. En ayant un pied ancré dans le domaine physique et l’autre dans le spirituel, nous portons l’empreinte de notre Concepteur divin. Cela devrait nous remplir d’émerveillement et nous inciter à nous demander dans quel but Il nous a créés ainsi. Et comment pouvons-nous mener notre existence en harmonie avec cet objectif ?

Nos efforts pour créer quelque chose à notre propre image devraient nous faire prendre conscience, avec humilité, que nous sommes conçus à Son image.

 

1Inside the mechanical brain of the world’s first robot citizen”, Quartz, 12 novembre 2017
2Sophia”, HansonRobotics.com, consulté le 18 août 2021

3Sophia the robot’s co-creator says the bot may not be true AI, but it is a work of art”, The Verge, 10 novembre 2017
4Meet GTP-3”, The New York Times, 24 novembre 2020
5Philosophers on GPT-3”, DailyNous.com, 30 juillet 2020
6The New York Times, op. cit.
7Computers are no smarter than tinkertoys”, MindMatters.ai, 30 avril 2019
8Bulletin of the Atomic Scientists, volume 22, n°7, septembre 1966, page 3
9Neurosurgical Neuropsychology, Caleb Pearson, Eric Ecklund-Johnson et Shawn Gale, Elsevier, 2019, page xix

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