Gaspiller les bénédictions de la mer

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En mai 1497, lors de la première exploration navale anglaise en Amérique du Nord, le marin Jean Cabot (Giovanni Caboto) partit de Bristol, en Angleterre. Le 24 juin, Cabot débarqua apparemment à Terre-Neuve. En revenant à Bristol le 6 août, il ne rapporta pas de l’or ou de l’argent, mais un territoire revendiqué par l’Angleterre et un trésor qui s’avèrera plus profitable que des métaux précieux. Les eaux de Terre-Neuve étaient les plus poissonneuses de la planète.


 

Un proche de Cabot, Raimondo di Soncino, écrivit en décembre 1497 au duc de Milan pour décrire ces immenses populations de poissons. L’historien canadien Lionel Groulx rapporte la scène : « On nous parle de marées peu élevées, d’une mer couverte, tellement pavée de poissons, que pour les prendre un panier chargé d’une pierre et plongé dans l’eau suffit » (La découverte du Canada, Librairie Granger Frères, page 65).

Pendant cinq siècles, les eaux de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse furent fréquentées par des milliers de bateaux de pêche. Cette abondance semblait infinie. Puis soudainement, en 1992, le gouvernement canadien annonça un moratoire sur la pêche à la morue du Nord. Le plus grand réservoir de pêche de la planète semblait s’être vidé.

Les communautés locales étaient dévastées et des milliers de gens se retrouvèrent soudainement sans emploi. Tout le monde cherchait une explication à la disparition de la morue. Le ministère des Pêches blâma tout ce qui pouvait l’être, de la température de l’eau aux populations grandissantes de phoques. Mais les pêcheurs expérimentés savaient que ce n’étaient pas là des raisons sérieuses. De nombreux pêcheurs devinaient que le problème était la destruction de l’environnement marin, provoquée par les nouvelles techniques de pêche.

Les années 1950 marquent le début du « chalutage de fond en haute mer ». De grands navires commencèrent à tirer d’énormes filets en forme de sac sur le fond des océans. Ces filets mesurent jusqu’à 2,5 km (1,5 mile) de long sur 60 m (200 pieds) de large et l’embouchure est maintenue ouverte par deux panneaux de chalut pesant deux tonnes chacun. Ces filets sont précédés d’un bourrelet rockhopper, une rangée de balles d’acier servant à soulever l’ouverture du filet pour éviter les obstacles sur le fond de l’océan (“Coral Champions”, Canadian Geographic, mai 2002).

Les problèmes du chalutage

Les pêcheurs soupçonnaient que les chaluts, raclant le sol à des profondeurs de 1800 m (6000 pieds), détruisaient la flore des fonds marins, en impactant la survie et la reproduction des poissons. En 1983, un pêcheur de la Nouvelle-Écosse, Sanford Atwood, lança une campagne pour instaurer un moratoire sur le chalutage en haute mer, particulièrement dans les régions sensibles. Atwood pêchait à la palangre – une longue ligne de fil de pêche munie de centaines d’hameçons. Lui et d’autres pêcheurs ont rappelé que les chaluts peuvent remonter jusqu’à 600 tonnes de poisson par prise, avec de nombreuses proies indésirables rejetées mortes ou agonisantes à la mer. Mais ce n’était pas le plus grand des problèmes.

Dans un rapport de la Coalition pour la conservation des fonds marins (DSCC), « Pourquoi le monde a besoin d’une pause dans le chalutage de fond en haute mer(1) », des scientifiques de l’université de Cambridge et des Instituts océanographiques américain et canadien ont expliqué que les poissons d’eau profonde se rassemblent en grand nombre pour frayer dans des eaux riches en nourriture. Or, les chalutiers ciblent ces poches de reproduction. Ils écrivent : « Comme pour la plupart des lieux de frai où se concentre la pêche, le déclin [de la population] a été reconnu lorsqu’il était déjà trop tard pour l’enrayer » (juin 2005, page 8). De nombreuses études ont également montré que les chaluts détruisent les frayères, réduisant drastiquement la génération suivante de poissons.

Destruction des bancs de corail

Sanford Atwood connaissait ces effets, mais il avait une autre inquiétude, peut-être la plus grande de toutes. Lui et son collègue Derek Jones avaient longtemps essayé de prouver le lien entre l’effondrement de la pêche et la destruction des bancs de corail en haute mer. Pour la plupart des gens, le corail vit dans des eaux chaudes et peu profondes ; beaucoup niaient l’existence d’espèces en eaux profondes. En 2001, après avoir convaincu des universitaires de l’existence de ces coraux abyssaux, Atwood guida un navire scientifique canadien, le Martha L. Black, au large des côtes de la Nouvelle-Écosse, vers un emplacement connu des pêcheurs comme « le trou de l’enfer ». Un robot sous-marin fut envoyé à 490 m (1600 pieds) de profondeur et il rapporta des images de coraux abondants et colorés (“Coral Champions”, page 52).

Depuis longtemps, les pêcheurs savaient qu’ils faisaient leurs meilleures prises dans ces bancs de corail. « Par exemple, lorsque vous êtes au-dessus de framboises de mer, un corail mou et rouge connu des scientifiques sous le nom de Gersemia rubiformis, vous préparez votre équipement de pêche pour l’aiglefin, tandis que l’arbre bubble-gum (Paragorgia arborea), qui atteint 3 m de haut [10 pieds], est bon pour la morue et le flétan. De plus, lorsqu’un chalutier avait ratissé un secteur de l’océan, Atwood savait que ces forêts étaient détruites et il n’y avait plus de poisson » (ibid., page 54).

Certains gouvernements ont commencé à agir pour protéger des zones spécifiques contre la destruction des chaluts. Mais n’est-il pas trop tard ?

Pendant des siècles, l’est du Canada a fourni des prises durables et profitables, tant que les techniques de pêche ne détruisaient pas la viabilité écologique. Mais comment en sommes-nous arrivés là ?

De nombreux dirigeants nationaux connaissent très bien la réponse. En 2008, lors d’une réunion au Palais de l’Assemblée du Peuple à Pékin, en Chine, la question suivante fut posée : « Quelle est la plus grande menace pour l’humanité aujourd’hui ? » Dr Xu Jia Lu, un homme âgé et sage, vice-président du Congrès national chinois, répondit sans ambages : « La cupidité humaine. » Il n’y a peut-être pas de meilleure déclaration pour illustrer la situation désespérée de la pêche sur la côte est.

Des bénédictions en danger

Autrefois, les descendants d’Abraham reçurent – entre autres – les « bénédictions des eaux en bas » (Genèse 49 :25). Mais les Israélites reçurent aussi l’avertissement que s’ils brisaient les lois divines, ils perdraient les bénédictions reçues. La cupidité apparaît quand la loi de Dieu n’est pas appliquée.

Jadis, le prophète Osée fut inspiré à prédire qu’avant le retour du Christ, les descendants de l’ancien Israël détruiraient les bénédictions reçues, y compris l’abondance des mers :

« Écoutez la parole de l’Éternel, enfants d’Israël ! Car l’Éternel a un procès avec les habitants du pays, parce qu’il n’y a point de vérité, point de miséricorde, point de connaissance de Dieu dans le pays. Il n’y a que parjures et mensonges, assassinats, vols et adultères ; on use de violence, on commet meurtre sur meurtre. C’est pourquoi le pays sera dans le deuil, tous ceux qui l’habitent seront languissants, et avec eux les bêtes des champs et les oiseaux du ciel ; même les poissons de la mer disparaîtront » (Osée 4 :1-3).

Il reste à voir si les gouvernements, les entreprises et les autres autorités agiront en fonction de ces preuves irréfutables et auront le courage d’opter pour le développement à long-terme, au lieu d’aller vers des profits à court-terme. L’avertissement d’Osée sera-t-il pris au sérieux ?

(1)Why the world needs a time-out on high-seas bottom trawling (DSCC).

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