Homme d’État et patriote

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Dans le cimetière de Cataraqui, à Kingston, en Ontario, une modeste tombe en granit porte cette inscription : Ci-gît John Alexander Macdonald, 1815-1891.


C’est pourtant là que repose une des plus grandes forces motrices de la création du Canada. Macdonald était un visionnaire talentueux et travailleur qui a laissé deux grands héritages – l’unification des colonies britanniques en une seule nation dans le nord-est de l’Amérique et l’expansion de cette union à travers le continent jusqu’au Pacifique et à l’Arctique.

Macdonald est né en janvier 1815 à Glasgow, en Écosse. 5 ans plus tard, ses parents partirent pour Kingston, dans le Haut-Canada. Il avait des capacités remarquables et il apprit dès l’âge de 15 ans le métier d’avocat. À 20 ans, il était membre du Barreau du Haut-Canada. À cette époque, ses idées politiques furent liées à la brève Rébellion du Haut-Canada, influencée et soutenue en partie par les républicains au sud de la frontière. Bien qu’il ait lutté contre la rébellion, il défendit quelques rebelles, forgeant ainsi sa réputation d’avocat de la défense.

Dans les années 1840, Macdonald emporta un siège de député, puis il devint Premier ministre en 1854. Macdonald poursuivit des activités de juriste pendant sa carrière politique. Bien qu’il ait défendu le droit d’avoir des opinions contraires, Macdonald cherchait des opportunités de créer des entreprises, des coalitions et des partis politiques fonctionnels pour accomplir de grands objectifs. Il « aura l'audace nécessaire pour prendre des décisions difficiles et sera suffisamment sensé pour renoncer à son propre ego pour soutenir une cause » (“Homme d’État canadien et patriote”, Bibliothèque et Archives Canada). Dans un pays divisé entre les francophones et les anglophones, Macdonald, qui parlait français, établit des liens avec le Canada français – notamment avec un des « pères de la confédération », George-Étienne Cartier – pour unir les deux peuples dans une vision commune.

Une vue d’ensemble

Trouver des solutions et les mettre en application demande du talent et de la sagesse, ainsi que de l’humilité et la capacité de motiver les autres. L’anecdote suivante, rapportée par l’ancien Premier ministre John Turner, illustre cette qualité chez Macdonald :

« David Thompson, député libéral […] avait effectué un retour au Parlement après une absence prolongée pour cause de maladie : “Le premier homme que j'ai croisé, de dire Thompson, a été [le chef libéral Edward] Blake, qui, en passant à côté de moi, ne m’a fait qu’un simple signe de la tête, comme s’il avait oublié que j’avais été absent. Puis j’ai croisé [le député libéral Richard] Cartwright, qui a été tout aussi froid. Enfin, j’ai croisé sir John qui s’est empressé de traverser la Chambre, m’a donné une tape sur l’épaule, m’a serré la main et m’a dit : “Davy, je suis heureux de voir que vous êtes revenu; j’espère qu’il vous reste encore de nombreux jours à vivre, pour pouvoir voter contre moi.” Il était fort difficile de ne pas suivre un homme de cette trempe » (ibid.).

Après l’élection de 1864 aux États-Unis, les républicains firent une proposition de loi en juillet 1866 pour annexer le Canada, afin de contenter les Américains d’origine irlandaise. La crainte d’une annexion américaine fut l’élément principal permettant à Macdonald et ses alliés d’obtenir un consensus pour l’union.

Fin 1866, le Parlement britannique prépara l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, rédigé en grande partie par Macdonald et adopté l’année suivante. Le Dominion du Canada naquit officiellement le 1er juillet 1867. Macdonald était le choix le plus évident pour devenir Premier ministre. De nombreux défis l’attendaient, mais sa vision, sa patience et sa volonté de respecter les opinions des autres lui ont permis d’être une force unificatrice.

Macdonald se concentra ensuite sur l’expansion de la confédération vers l’ouest. Il dirigea la création des provinces du Manitoba (1870) et de la Colombie-Britannique (1871). Cette dernière exigea la promesse d’un chemin de fer transcontinental, le plus grand projet jamais entrepris par le gouvernement canadien, nécessitant un financement massif. Macdonald et son gouvernement furent rattrapés par un scandale financier qui entraîna leur défaite électorale en 1873. Mais il revint dès 1878. La population cherchait un visionnaire qui avait déjà fait ses preuves. Macdonald gagna quatre élections consécutives, ce qui stabilisa la jeune nation. Il croyait dans un gouvernement centralisé et puissant qui finance des projets d’intérêt national. Pour rétablir l’ordre dans l’Ouest, il supervisa le développement d’une police montée nationale, qui est devenue la Gendarmerie Royale du Canada. Il affronta une crise nationale lors de la rébellion dans le Nord-Ouest. Ces défis demandaient de la fermeté et de l’équilibre.

De la force dans les épreuves

Macdonald endura de nombreuses épreuves personnelles. Son premier enfant mourut à 13 mois et sa première épouse, Isabella, fut atteinte d’une maladie débilitante dont elle mourut 13 ans plus tard. Tout au long de ces événements, Macdonald est resté un mari fidèle. Dix ans plus tard, il se remaria. Il aimait profondément sa nouvelle épouse, Susan Anges, mais ils furent dévastés lorsque leur fille naquit avec un handicap lourd. Il consacra ses efforts à être le plus possible avec les membres de sa famille.

Dans son livre « La Police montée et la société des Prairies 1873-1919(1) », Adele Perry écrivit : « Alors que le Premier ministre Macdonald était confronté à la maladie de son épouse, à des problèmes financiers personnels et aux nombreux problèmes urgents de la nation, il retarda son accord formel à la force de police de l’Ouest jusqu’au moment adéquat. Le commissaire Irvine de la Police montée pour le Nord-Ouest, dont les opérations en étaient retardées, qualifia alors Macdonald de “Vieux lendemain” [Old Tomorrow] » (page 8). Le surnom est resté !

C’était une caractéristique de Macdonald. Il éludait les problèmes difficiles pour les résoudre avec succès le moment venu. L’Histoire met en relief la sagesse d’attendre pour implémenter des politiques lorsque les besoins sont identifiés. Au final, Macdonald atteignit presque tous ses objectifs. Le sénateur Hugh Segal écrivit à son sujet : « Il arrivait toujours à susciter une coalition autour d'un enjeu d'importance. Telle a été l'irréfutable source de ses réussites. Il arrive un moment où, dans tout débat partisan, il faut savoir prendre du recul, comprendre qu'il y a quelque chose au-delà de l'affiliation à un parti politique […] Et ce quelque chose, c'est la loyauté envers ton pays » (op. cit.).

Le « Vieux lendemain » donna une direction visionnaire et un objectif clair à une jeune nation. Macdonald n’était pas exempt de défauts ni de faiblesses, mais l’amour de son pays et de sa famille faisaient partie de ses points forts. La sincérité, la vision, le travail d’équipe, la détermination et l’intégrité sont des valeurs que Dieu recherche pour Ses futurs dirigeants – ceux qui veulent travailler à perfectionner leur caractère et à soutenir l’annonce du Royaume de Dieu qui sera établi sur la Terre. Ils se préparent en attendant que Dieu choisisse le bon moment pour restaurer Son Gouvernement de justice dans ce monde. Cela peut devenir votre destinée – dans le Monde de Demain.

(1) The Mounted Police and Prairie Society 1873-1919

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