Préparer le terrain de la révolution

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Les causes de la Réforme protestante sont souvent méconnues et elles diffèrent beaucoup de ce que les gens pensent ! 


La vérité au sujet de la Réforme protestante
Deuxième partie
 

La première partie de cette série révélait la réalité stupéfiante du changement radical qui est intervenu, peu après l’époque des apôtres originels, au sein de la religion portant le nom de « christianisme ». Des cérémonies, des coutumes et des traditions païennes ont été rapidement incorporées dans l’Église soi-disant chrétienne.

Nous avons vu la corruption et la débauche de l’Église catholique au cours du Moyen Âge. Nous avons appris comment Wycliffe, Hus ou Savonarole furent incapables d’ôter cette méchanceté au sein de l’Église organisée à leur époque. Beaucoup l’ont payé de leur vie !

Voyons à présent les véritables raisons pour lesquelles des hommes se sont révoltés contre l’autorité de l’Église catholique romaine. Posons-nous encore la question suivante : s’agissait-il d’un retour sincère et motivé par l’Esprit à « la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes » ?

 

Les causes directes de la Réforme

De nos jours, beaucoup de protestants pensent que la Réforme était uniquement un mouvement religieux. Ils ont en tête des foules d’hommes sincères en Allemagne et en Europe qui cherchaient de tout leur cœur à revenir à la foi et aux pratiques apostoliques.

Mais cette image est erronée.

Il est historiquement prouvé que de nombreuses raisons égoïstes et matérialistes se trouvent derrière le déclenchement de la Réforme et la façon dont elle fut menée. Et beaucoup d’entre elles n’ont rien à voir avec des motifs religieux.

Il ne fait aucun doute que des considérations politiques, intellectuelles et financières ont joué un rôle important dans l’arrivée de la Réforme au seizième siècle. Un sentiment émergeant de nationalisme a incité des Allemands, des Français ou des Anglais à penser qu’ils avaient des intérêts communs contre les étrangers, y compris le pape.

Alors que les villes européennes grandissaient en taille et en influence, l’augmentation du niveau d’éducation, de la richesse et l’influence politique de la classe moyenne les préparait à jouer un rôle décisif dans la révolte à venir. Ils commencèrent à devenir de plus en plus réfractaires à l’ingérence ecclésiastique dans les affaires temporelles (An Outline History of the Catholic Church, Reginald Walker, page 289).

La combinaison de ces sentiments nationaux et de l’augmentation de l’absolutisme ont poussé plusieurs dirigeants à se sentir davantage indépendants du siège de Rome ; ils essayèrent souvent d’avoir la mainmise sur les nominations ecclésiastiques dans leurs territoires. Cela marqua le début d’une tendance qui aboutit plus tard à des Églises contrôlées par l’État dans de nombreux pays. L’amitié marquée entre les rois de France et les papes, lorsque ceux-ci résidaient à Avignon, souleva une suspicion générale des intentions papales dans d’autres pays. Ce scandale fut renforcé par l’augmentation des taxes papales pendant cette période, lorsque « le déménagement de la papauté à Avignon avait largement réduit les revenus des propriétés papales en Italie, sans diminuer le luxe ou les dépenses onéreuses de la cour papale » (Walker, pages 292, 296).

De nombreux citoyens, mais aussi des rois puissants et des nations tout entières, commencèrent à se plaindre de la domination autoritaire des papes, des fraudes, de la violence, de l’avarice et de l’injustice de l’Église catholique. L’arrogance et la tyrannie des légats du pape, ainsi que les crimes, l’ignorance et la dépravation morale des prêtres et des moines ont fait que partout des hommes ont souhaité une réforme de l’Église « au niveau de sa tête et de ses membres » (Institutes of Ecclesiastical History, John Mosheim, volume 3, page 24).

Ces forces furent accompagnées par le remarquable mouvement culturel que fut la Renaissance, ce regain d’intérêt de l’Europe pour la science, la littérature et l’art. Ce mouvement a transformé la culture, les modes de pensées et les idéaux médiévaux vers ceux de l’époque moderne.

Si nous voulons comprendre la Réforme dans ce contexte, nous devons d’abord examiner les interactions entre tous ces facteurs qui ont joué un rôle important dans son aboutissement.

 

Les causes politiques et financières de la Réforme

Comme nous l’avons vu, la puissance papale avait atteint son sommet sous Grégoire VII (1073-1085), né Hildebrand, qui aspirait encore plus que ses prédécesseurs à la subordination complète du « Saint-Empire romain » à l’Église catholique. La poursuite de cet objectif provoqua une longue lutte de pouvoir entre la papauté et l’empire. Dans cet affrontement, les papes avaient un grand avantage sur les empereurs, dont la taille des territoires était loin d’être équivalente à ceux dominés par l’Église. La tendance des princes allemands à entraver la puissance des empereurs fut un précieux atout pour Rome. Lors des croisades, les papes eurent l’occasion de diriger l’enthousiasme religieux des citoyens dans toutes les nations (The Reformation, George Fisher, pages 26-28).

Finalement la papauté l’emporta et l’empereur Henri IV du Saint-Empire fut obligé de s’humilier devant le pape Grégoire VII afin de conserver l’allégeance de ses sujets. Nous voyons ici l’Église régner sur l’État, en dictant sa volonté aux rois et aux empereurs.

En effet, l’Église catholique avait longtemps dominé l’empire, mais jamais de manière absolue. « Dans les dix-huit années (1198-1216) du règne d’Innocent III, l’institution papale brillait de mille feux. Le renforcement du célibat plaça l’ensemble du clergé dans une relation plus proche avec le souverain pontife. Le vicaire de Pierre était devenu le vicaire de Dieu et du Christ […] Le roi était pour le pape ce que la lune est au soleil – un luminaire plus faible qui lui emprunte de la lumière » (Fisher, pages 29-30).

Nous voyons ainsi que les papes commencèrent à se prendre pour Dieu sur Terre. Ils enseignaient que Jésus-Christ établirait Son règne millénaire sur la Terre par leur intermédiaire.

Mais avant que cette puissance papale puisse être exploitée, de nouvelles forces s’élevèrent en Europe et concurrencèrent sa suprématie. Dans de nombreux pays, le patriotisme du peuple provoqua un refus de se soumettre à une domination étrangère sur leurs propres églises nationales et de payer le « denier de Saint-Pierre » pour la construction de magnifiques cathédrales à Rome (Histoire de l’Église chrétienne, Jesse Hurlbut, éditions Vida, page 128, traduction Philippe Le Perru).

 

L’abus des autorités religieuses

L’Église catholique était vouée à l’échec dans l’exercice de sa puissance politique et financière. Les papes semblaient avoir une soif insatiable d’argent. Cette richesse était non seulement utilisée pour assouvir leur quête de volupté et de confort, mais aussi pour acheter des alliés et du pouvoir. Les pontifes romains arrivaient à soutirer cet argent à leurs sujets sans méfiance, en utilisant divers moyens déguisés sous une apparence religieuse.

Voici une description de cet abus de pouvoir : « Parmi ces artifices, ceux qu’on appelait les indulgences – c’est-à-dire la liberté d’acheter la rémission de la peine de leurs péchés en contribuant financièrement à des usages pieux – avaient une place de choix. Et l’on y faisait recours à chaque fois que le trésor papal s’épuisait, à l’immense préjudice des intérêts publics. Sous des prétextes plausibles, mais faux en grande partie, les gens ignorants et apeurés étaient séduits par la perspective alléchante proposée par les vendeurs d’indulgences, qui étaient en général des personnes viles et débauchées » (Mosheim, page 88).

Ces scandales furent une raison suffisante aux yeux de nombreux princes allemands pour se libérer du joug papal – par la « réforme » ou par la révolte – afin de s’affranchir de la taxation et des interférences papales, mais aussi de s’emparer de la richesse des églises et des monastères. Plus tard, les attaques de Luther contre la politique financière et la taxation de la papauté en firent immédiatement un défenseur de la classe moyenne allemande et, indirectement, de tous ses concitoyens qui éprouvaient depuis longtemps du ressentiment contre ces Italiens rusés qui aimaient la belle vie.

Une situation similaire apparut en Angleterre. Le roi Henri VIII avait gaspillé la majeure partie du trésor royal hérité de son père, qui était plus avisé. Dans le même temps, un sentiment de mécontentement apparaissait, notamment chez les nobles, contre la taxation papale excessive et les grandes richesses des ordres monastiques qui auraient pu être saisies si l’autorité papale était abolie. Une fois qu’Henri fut reconnu « dirigeant suprême de l’Église et du clergé d’Angleterre », il est remarquable de noter qu’une de ses premières décisions fut d’ordonner la confiscation de la richesse de l’Église, en particulier celle des ordres monastiques.

À cause de la négligence et de l’extravagance royale, il s’éleva parmi ceux qui pillèrent les monastères une classe dont les intérêts reposaient sur une séparation durable de l’Église de Rome. Cette faction était une puissante garantie contre tout mouvement ultérieur de réconciliation avec la papauté (Walker, page 56).

Vu ces nombreuses tentations et la tendance nationaliste sous-jacente, la première préoccupation des papes aurait dû consister à résoudre les contestations politiques et financières dans ces nations. Mais ce ne fut pas le cas.

Alors que la papauté aurait dû faire tout son possible pour éviter d’irriter les peuples en Europe avec sa politique financière impitoyable, elle fit tout le contraire. Les papes utilisèrent souvent la richesse qu’ils recevaient des indulgences et de la vente de positions dans l’Église pour enrichir leurs proches ou pour renforcer les États de l’Église romaine.

Voyez la description du caractère lamentable de certains de ces papes : « En plus d’avoir assuré l’avenir de ses sept enfants illégitimes et d’avoir mené deux guerres contre Naples, Innocent VIII recevait un tribut annuel de la part du sultan en échange de la détention de son frère et rival en prison, au lieu de l’envoyer à la tête d’une armée pour combattre les Turcs, les ennemis de la chrétienté. Alexandre VI, dont la méchanceté rappelle les jours sombres de la papauté au dixième siècle, passa son temps à bâtir une principauté pour son fils préféré César Borgia, un monstre de dépravation, et à amasser des trésors de façon vile et cruelle afin de soutenir financièrement la cour licencieuse de Rome. Il serait mort du poison qu’il avait lui-même fait préparer pour un riche cardinal, mais ce dernier soudoya le chef cuisinier de le servir au pape lui-même » (Fisher, pages 44-45).

Lorsque les réformateurs commencèrent à plaider en faveur d’une rupture avec l’autorité papale, il apparaît que beaucoup répondirent favorablement non pour des motifs religieux sincères, mais plutôt pour le désir pragmatique et naturel de s’approprier les bénéfices politiques et financiers jusqu’ici gardés ou contrôlés par l’Église catholique.

 

La Renaissance

Un autre facteur important préparant la voie de la Réforme fut le renouveau de l’apprentissage, de la littérature et des arts au cours de la Renaissance. Les instigateurs de ce mouvement n’étaient ni des prêtres ou des moines, mais plutôt des laïques. Ce fut le début d’un mouvement littéraire qui n’était pas ouvertement antireligieux, mais seulement sceptique et en quête de réponses. Il fut nettement aidé par l’invention de l’imprimerie vers 1455 par Gutenberg. Pour la première fois, des livres pouvaient être diffusés par milliers et il est significatif de noter que le premier livre imprimé fut la Bible.

La Renaissance stimula le patriotisme et elle inspira la production d’une littérature nationale. Elle encouragea l’indépendance de la pensée et des politiques nationales, en conduisant au développement des concepts nationaux tels que nous les connaissons en Europe. Alors que de puissants gouvernements nationaux s’élevèrent, cela infléchissait naturellement l’autorité de ce qui était considéré comme l’Église universelle. L’influence du pape et du clergé devint de plus en plus circonscrite à la sphère religieuse, tandis que la politique diplomatique de chaque pays prenait son indépendance.

L’intérêt croissant pour les écrits classiques païens exerça une forte influence sur les classes éduquées qui rompirent avec la scolastique médiévale et, bien souvent, avec la religion telle qu’elle était enseignée.

Les idéaux médiévaux qui encourageaient le détachement des choses physiques et l’abnégation faisaient partie du passé. La Renaissance a introduit l’humanisme et l’expression des tendances inhérentes à l’humanité. L’isolement ascétique fit place à la recherche de tous les plaisirs que le monde peut offrir.

Une quête rationnelle dans l’histoire et la littérature du passé imposa un examen critique à de nombreux documents de l’Église. Lorenzo Valla (1405-1457) créa une école de critique historique qui exposa la tromperie de la donation de Constantin et qui réfuta l’origine apostolique du credo des apôtres. Tous ces questionnements et ce renouveau des intérêts humains contribuèrent à saper l’autorité et l’influence de l’Église catholique.

Pendant les deux générations qui précédèrent la Réforme protestante, les papes essayèrent de se fondre dans l’esprit de la Renaissance et, à cette époque, ils étaient plus marqués par la culture que par la foi religieuse. Par conséquent, la cour papale devint encore plus mondaine et des voix s’élevèrent pour demander une réforme de l’Église.

« Un résultat très bénéfique de la Renaissance fut le regain d’intérêt pour l’étude de l’hébreu et du grec. Cela apporta une meilleure compréhension de la Bible sur laquelle était basé le grand travail de réformation de Luther, Zwingli et Calvin. Sans cette préparation, leur travail n’aurait pas été possible » (History of the Christian Church, Lars Qualben, page 199).

Érasme fut peut-être l’érudit le plus remarquable de la Renaissance. Il fut accusé d’avoir « couvé les œufs que Luther a fait éclore ». Il étudia dans plusieurs pays européens. Bien qu’il ait été catholique, ses écrits satiriques sur les abus cléricaux de son époque et son appel à revenir à la simplicité du christianisme originel eurent un puissant impact sur les classes éduquées parmi ses contemporains et, à travers eux, sur les peuples d’Europe.

Érasme était convaincu que le système catholique était rempli de superstition et de corruption, mais il ne souhaitait pas rompre pour autant avec le catholicisme. Il le considérait sentimentalement comme la « mère » de la société et des arts. Il était également trop intellectuel pour témoigner de la sympathie à la révolte luthérienne dont les excès de violence le dégoûtaient.

« Ainsi, aucune des parties impliquées dans la lutte qui débuta vers la fin de sa vie ne le comprit et sa mémoire fut condamnée par les polémistes protestants comme catholiques. Sa pensée était que l’éducation, le retour aux sources de la vérité chrétienne, ainsi que la flagellation de l’ignorance et de l’immoralité par la satire ramèneraient l’Église vers la pureté. Il travaillait dans ce but » (Walker, page 329).

Les humanistes aidèrent ainsi à préparer la voie de la Réforme. Ils discréditèrent une grande partie de la théologie catholique. Ils encouragèrent les hommes et les premiers auteurs religieux à étudier la Bible sous un angle différent. Ils aidèrent à libérer les esprits des hommes du traditionalisme médiéval, en marquant le début d’une ère d’érudition et de pensée indépendante focalisée sur les désirs et les besoins de l’humanité.

Avec la montée du nationalisme, l’invention de l’imprimerie et la diffusion de la connaissance, ce mouvement intellectuel apporta des changements immenses dans le catholicisme médiéval et la liberté individuelle, indépendamment de Luther, Zwingli ou Calvin. À ses débuts, le succès de la Réforme fut soutenu par des forces purement intellectuelles et souvent antireligieuses de nature.

 

Les abus religieux ont provoqué la Réforme

La dégénérescence morale et la corruption ecclésiastique juste avant la Réforme sont tellement connues qu’il n’est pas nécessaire d’y revenir en détail. Cependant, une question essentielle se pose – mais elle est souvent laissée de côté, voire ignorée. Cette question fondamentale consiste à savoir si l’Église catholique, cette machine politico-religieuse paganisée, corrompue et radicalement changée, est réellement le successeur légitime de l’Église apostolique originelle – la seule véritable Église que Jésus-Christ avait promis de bâtir.

Comme nous le verrons plus tard, les Églises protestantes dans leur ensemble basent leur revendication d’unité historique avec l’Église apostolique dans leur descendance directe de l’Église catholique romaine, leur « Église-mère ».

Mais est-ce bien cette Église qui a été bâtie par Jésus ? Ses dirigeants et ses membres étaient-ils remplis de l’Esprit de Dieu et guidés par lui ? C’est un point essentiel, comme le mentionne l’apôtre Paul : « Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas » (Romains 8 :9).

Le mieux à faire est de lire les déclarations faites par des historiens reconnus à ce sujet. Voyez la comparaison suivante faite par Alfred Plummer : « Aussitôt que le renouveau des lettres fit connaître le contenu du Nouveau Testament et les enseignements des Pères, il s’avéra que ce qui passait pour être le christianisme à la fin du quinzième siècle était à peine reconnaissable, en tant que tel, si on le comparait avec ce que nous savons du christianisme au début de l’ère apostolique » (The Continental Reformation in Germany, France and Switzerland from the Birth of Luther to the Death of Calvin, page 11).

Jean-Henri Merle d’Aubigné nous donne une description détaillée de la façon dont cette situation affectait la vie de la population : « Voyons l’état de l’Église avant la Réformation. Le peuple de la chrétienté n’attendait plus d’un Dieu vivant et saint le don gratuit de la vie éternelle. Il devait donc pour l’obtenir recourir à tous les moyens que pouvait inventer une imagination superstitieuse, craintive et alarmée. Le ciel se remplit de saints et de médiateurs qui devaient solliciter cette grâce. La terre se remplit d’œuvres pieuses, de sacrifices, de pratiques et de cérémonies qui devaient la mériter » (Histoire de la Réformation, tome 1, librairie Meyrueis, pages 44-45).

Le Christ était dépeint comme un juge sévère, prêt à condamner tous ceux qui n’invoquaient pas l’intercession des saints ou qui n’avaient pas recours aux indulgences papales.

De nombreux intercesseurs prirent la place du Christ. Tout d’abord la vierge Marie, semblable à Diane dans le paganisme, puis les saints – dont le nombre augmenta continuellement sous les différents papes.

Des pèlerinages religieux furent prescrits en tant que pénitence pour les péchés. Il y avait presque autant de lieux de pèlerinage que de montagnes, de forêts ou de vallées. Au cours de ces pèlerinages, les gens apportaient de l’argent aux prêtres ou tout ce qui pouvait avoir de la valeur – des poulets, des canards, des oies, de la cire, du chaume, du beurre et du fromage.

Merle d’Aubigné poursuit, en citant un compagnon de Luther : « Les évêques ne prêchaient pas, mais ils consacraient les prêtres, les cloches, les moines, les églises, les chapelles, les images, les livres, les cimetières ; et tout cela fournissait de grands revenus. Des os, des bras, des pieds étaient conservés dans des boîtes d’argent ou d’or : on les donnait à baiser pendant la messe ; et cela aussi rapportait un grand profit. Tous ces gens maintenaient que le pape, étant à la place de Dieu, ne pouvait se tromper, et ils ne souffraient aucune contradiction » (ibid., pages 45-46).

Dans l’Église même où prêchait Luther, à Wittenberg, étaient exposés un morceau supposé de l’arche de Noé, un bout de bois du berceau de Jésus, quelques cheveux de la barbe de Saint-Christophe et quelque 19.000 autres reliques.

Ces reliques religieuses étaient colportées dans le pays et les gens payaient pour les voir et bénéficier des mérites spirituels qu’elles étaient censées apporter. Ces colporteurs errants payaient un pourcentage de leurs bénéfices aux propriétaires des reliques. « Le royaume des cieux avait disparu, et les hommes avaient élevé à la place sur la terre un honteux marché » (ibid., page 46).

 

Un clergé débauché

Si une partie des membres de cette prétendue chrétienté peut être partiellement excusée – comme beaucoup d’historiens essaient de le faire, à cause de l’ignorance en vogue et du manque de direction spirituelle – les responsables du clergé et les papes ne bénéficient d’aucune excuse, car ces hommes disposaient à la fois de l’éducation et de la connaissance nécessaires, s’ils l’avaient voulu.

La corruption déplorable de l’Église catholique au cours du siècle précédant la Réforme est flagrante. La plupart des papes n’étaient rien d’autres que des « gangsters » respectables.

Il ne se trouve aucune trace du Saint-Esprit divin dans leurs paroles ou leurs actions. Cependant, ils dirigeaient et représentaient ce qui était censé être la seule Église de Dieu sur Terre !

Wharey écrivit concernant deux de ces papes : « Sixte IV eut seize enfants illégitimes, qu’il enrichit et dont il prit grand soin. Mais parmi tous les papes de cette époque, Rodrigo Borgia, connu sous le nom d’Alexandre VI, est peut-être celui qui excella dans l’iniquité. Il fut appelé le Catilina des papes ; la traîtrise, les crimes et les outrages rapportés à son sujet sont si nombreux et si grands qu’il est certain qu’il ne possédait pas une once de religion, pas plus que de décence et de honte » (Church History, pages 211-212).

À cette époque, il était courant que les prêtres paient une taxe à leur évêque pour les concubines avec lesquelles ils vivaient et pour chaque enfant illégitime qu’ils avaient d’elles (Merle d’Aubigné, page 49). La religion de Rome ne contenait plus rien de pieux et quasiment toute l’adoration divine se résumait à des cérémonies tirées du paganisme. Les rares sermons délivrés au peuple étaient non seulement fades et dénués de bon sens, mais aussi remplis de fables et de légendes nauséabondes (Mosheim, page 547).

 

La véritable Église de Dieu a-t-elle été corrompue ?

Et pourtant, après avoir eux-mêmes rapporté ces récits de la gangrène spirituelle, de la dépravation totale de la morale, ainsi que de l’ignorance totale ou du mépris pour toutes les vérités et les vertus chrétiennes qui caractérisaient l’Église romaine pendant plusieurs générations, ces auteurs protestants essayèrent tout de même d’étiqueter ce système réprouvé « l’Église du Christ » – l’Église que Jésus avait promis de bâtir, un corps rempli du Saint-Esprit et dont Il est la Tête vivante (Éphésiens 1 :22) !

Merle d’Aubigné se lamenta de cette situation : « Le mal s’était répandu dans tous les rangs : une efficace d’erreur [une opération efficace de désinformation] avait été envoyée aux hommes ; la corruption des mœurs répondait à la corruption de la foi ; un mystère d’iniquité pesait sur l’Église asservie de Jésus-Christ » (Histoire de la Réformation, pages 52-53).

Il ne fait aucun doute qu’il était nécessaire de nettoyer et de purifier cette société. Par contre, un grand doute subsiste sur le fait que ce système totalement paganisé ait été l’Église de Dieu sur Terre.

En fait, la description de la véritable Église donnée dans le Nouveau Testament est en contradiction totale avec la foi, les pratiques et le mode de vie du catholicisme romain tel qu’il a existé pendant des centaines d’années !

L’instruction de Pierre de se repentir et d’être baptisé (Actes 2 :38) fut remplacé par l’injonction romaine de « faire pénitence » – se confesser et donner de l’argent au prêtre. Le mode de vie apostolique d’amour et d’obéissance pour les lois spirituelles de Dieu fut remplacé par un système de peur et d’observances superstitieuses de jeûnes et de fêtes qui n’avaient rien à voir avec le Christ et l’Église originelle.

Au lieu de perpétuer la forme inspirée du gouvernement de l’Église, instituée par le Christ et mise en application par les apôtres, nous voyons une hiérarchie cléricale corrompue dont on ne trouve aucune trace dans la Bible. À la tête de ce système corrompu se trouve un pape romain qui « va jusqu’à s’asseoir dans le temple de Dieu » (2 Thessaloniciens 2 :4), tout en désobéissant généralement aux lois divines et à celles des hommes, mais prétendant détenir l’autorité en tant que « vicaire du Christ ». Ces papes permettent et encouragent les hommes à se prosterner devant eux dans une sorte d’adoration que Pierre et les autres apôtres n’auraient jamais acceptée à leur égard (Actes 10 :25-26).

Ce système politico-religieux totalement avili est-il le descendant légitime de l’Église fondée par Jésus et les apôtres ? Une « réforme » de ce système infâme peut-elle en faire la continuation de la véritable Église ?

Nous devons nous poser ces questions de base. Nous ne devons pas nous voiler la face et ignorer la réalité irréfutable que les Églises protestantes sortent directement du système catholique romain.

Comme nous l’avons vu, des facteurs politiques, économiques, sociaux, intellectuels et religieux au sein des nations européennes ont présagé un soulèvement universel. Les considérations politiques et financières ont aussi joué un rôle important dans la Réforme à venir.

Lorsque celle-ci commença, quelle fut sa véritable signification dans le plan et le dessein de l’Éternel Dieu ? La « foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes » a-t-elle été retrouvée ? Nous devons répondre honnêtement à ces questions.

Dans la prochaine partie, nous parlerons des débuts de la Réforme protestante sous Martin Luther. De nombreux faits cachés sur ce qu’il s’est réellement passé sont très révélateurs ! Lisez la suite dès notre prochain numéro !