La violence choquante des réformateurs

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Les réformateurs protestants ont-ils ramené leurs membres vers « la foi transmise une fois pour toutes » ? Découvrez les méthodes choquantes des réformateurs dans cet article extrait du livre à paraître de M. Roderick Meredith.


La vérité au sujet de la Réforme protestante
Huitième partie

 

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la plupart d’entre nous n’ont jamais vraiment prouvé les choses dans lesquelles nous croyons – particulièrement lorsqu’il s’agit de Dieu et de l’éternité !

Pourquoi est-ce le cas ?

Le fait est que la nature humaine nous pousse à supposer que nos parents, nos amis et nos collègues nous disent la vérité. Une fois que nous avons imprudemment accepté leurs diverses idées et croyances, nous détestons changer d’opinion ou envisager le fait que nous pourrions avoir tort !

C’est pourquoi les faits historiques présentés dans cette série semblent choquants pour beaucoup d’entre ceux qui supposaient que le « christianisme » traditionnel de nos jours soit la véritable religion enseignée par Jésus-Christ et Ses apôtres. Mais ce n’est définitivement pas le cas ! Nous pouvons désormais affirmer que les preuves bibliques et historiques de cela ont été largement exposées dans cette série d’articles. Tout individu sincère devrait affronter cette vérité en toute honnêteté !

Ne nous voilons pas la face devant la vérité !

Dans cette série, l’Histoire irrécusable nous a montré que des cérémonies et des traditions païennes avaient été massivement introduites dans l’Église prétendument chrétienne peu après la mort des premiers apôtres. Il a été démontré que des philosophies et des croyances païennes avaient également été introduites à cette époque.

Nous avons parlé de la corruption et de la dépravation spirituelle de l’Église dominante pendant le Moyen Âge. L’étude de la rébellion de Luther contre ce système a montré qu’il se rebellait contre tous les commandements donnés par Dieu dans Sa parole. Ayant en aversion l’accent mit sur l’obéissance à la loi divine, Luther qualifia la lettre de l’apôtre Jacques, inspirée par Dieu, « d’épître de paille ».

Nous avons aussi vu comment Luther plaça sa confiance dans la puissance politique des princes allemands, comment cela l’amena à justifier la bigamie et à conseiller « un mensonge bien solide » afin de conserver leurs faveurs politiques.

Les méthodes dictatoriales et l’engagement politique de Jean Calvin ont choqué beaucoup de gens. Dans ce numéro, nous allons parler de sa volonté de conduire au bûcher un de ses opposants religieux.

La dernière fois, nous avons vu comment le désir sexuel et la soif de pouvoir avaient incité Henri VIII à mener la révolte anglaise – un mouvement qui ne peut pas être qualifié de religieux à proprement parler.

Nous avons souvent posé la même question importante : la Réforme fut-elle inspirée et guidée par le Saint-Esprit de Dieu ? Encouragea-t-elle les hommes à revenir aux croyances et aux pratiques de Jésus et des apôtres ?

Souvenez-vous de l’avertissement de Jésus : « Gardez-vous des faux prophètes » (Matthieu 7 :15), avant d’ajouter : « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits » (verset 16). Les « fruits » des réformateurs protestants contenaient beaucoup de choses négatives. Leurs motivations, leurs méthodes et leurs résultats ne correspondent en rien à ceux de Jésus et de Ses apôtres !

Après avoir présenté des faits historiques réels dans cette série, examinons à présent les motivations et les méthodes des réformateurs protestants à la lumière du livre auquel ils affirment croire : la Sainte Bible.

 

La Bible et la Réforme

Nous avons étudié quelles sont les fondations des Églises protestantes actuelles. Nous sommes allés à la source historique de la « division de la chrétienté ».

S’il y a bien une chose sur laquelle toutes les personnes religieuses s’accordent, c’est de se lamenter que les réformateurs protestants nous ont légué une « Babylone » aux proportions monstrueuses. L’histoire de presque chaque dénomination protestante remonte – directement ou indirectement – à la Réforme du 16ème siècle. Jusqu’à cette époque, leurs ancêtres religieux souscrivaient tous à l’Église catholique romaine.

Jésus-Christ a dit : « Je bâtirai mon Église… » (Matthieu 16 :18). Nous ne pouvons qu’imaginer Sa réaction à la vue des centaines d’Églises différentes revendiquant Son nom et Son approbation.

Nous sommes en droit de nous demander quelle aurait été la conclusion de Paul, un apôtre fidèle au Christ, qui nous exhorta à nous efforcer « de conserver l’unité de l’Esprit par le lien de la paix », avant d’ajouter sous l’inspiration divine qu’il y a « un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation ; il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, et parmi tous, et en tous » (Éphésiens 4 :3-6).

Inutile de dire que cette unité est introuvable dans le monde protestant actuel. Il y a de nombreuses fois et de nombreux corps, ou Églises. Trop souvent, ces dernières éprouvent un antagonisme similaire à celui de Luther lorsqu’il déclara à Zwingli : « Tu as un esprit différent du nôtre », avant d’ajouter à l’encontre des réformateurs suisses : « Nous ne pouvons pas vous reconnaître comme frères » (History of the Christian Church, Philip Schaff, page 645).

Jésus a déclaré : « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits » (Matthieu 7 :16). Il est indéniable que le « fruit » de la Réforme protestante est un « christianisme » divisé par de nombreuses pratiques différentes. Le moins que l’on puisse dire est que ce fruit est plutôt mauvais.

Paul nous dit que l’Esprit de Dieu produit l’unité (1 Corinthiens 1 :10 ; Éphésiens 4 :1-6) – pas la division. Nous devons donc examiner rétrospectivement quels furent l’esprit et les motivations ayant produit la confusion religieuse issue de la Réforme.

 

Nationalisme et convoitise

Juste avant la Réforme, un esprit de nationalisme se développa en Europe. Les peuples étaient lassés de l’oppression religieuse et financière de Rome.

Luther obtint un soutien immédiat parmi la classe moyenne et la noblesse allemande lorsqu’il écrivit : « Nous sommes nés pour être des maîtres […] Il est temps que le glorieux peuple teuton cesse d’être la marionnette du pontife romain » (Documents of the Christian Church, Henry Bettenson, page 278). Quant aux nobles anglais, ils embrassèrent la « Réforme » d’Henri VIII car ils reçurent l’autorisation de s’emparer de la richesse des monastères, mais les parlementaires anglais changèrent trois fois de « religion » et ils auraient même « voté l’établissement de la religion mahométane » si le monarque l’avait souhaité.

C’est la convoitise sexuelle d’Henri VIII pour Anne Boleyn qui marqua le vrai point de départ de la révolte anglaise contre Rome.

Bien entendu, il ne fait aucun doute que des milliers de gens dans ces pays étaient sincères en désirant non seulement être libérés de la tyrannie de Rome, mais aussi une restauration de la liberté religieuse et de la vérité. Cependant, les peuples suivent leurs dirigeants.

La véritable question n’est pas de savoir ce qui aurait pu se produire, mais ce qui s’est réellement passé – et quelles étaient les motivations des dirigeants politiques et religieux de la Réforme.

« En fin de compte, un système national de Réforme fut mis en place […] Le mouvement religieux a échoué dans les pays où l’impulsion nationale et politique était absente ou faible » (The Continental Reformation, Alfred Plummer, page 16).

L’esprit de nationalisme fut un facteur essentiel à la réussite de la Réforme. En effet, des hommes se sont révoltés contre l’Église de Rome pour des raisons politiques, financières et nationalistes. Ils ont exalté des raisonnements et des intérêts personnels. Ils ont remplacé l’autorité catholique, censée représenter Dieu, par des autorités nationalistes – et par les dieux de la guerre !

Certes, Luther et Calvin avaient des motivations religieuses personnelles. Ainsi, les pensées de Luther étaient perpétuellement torturées par un sentiment de culpabilité. Dans son emphase extrême portée au salut par la foi seule, il essayait désespérément d’inventer un système dans lequel la loi et la justice de Dieu n’auraient pas leur place.

Mais l’agitation spirituelle personnelle de Luther n’aurait pas eu un grand impact en Allemagne, ou dans le monde, s’il n’avait pas mobilisé les instincts politiques et financiers des princes allemands. « Il est correct d’affirmer que les motivations ayant conduit à la révolte luthérienne étaient bien davantage séculières que spirituelles » (Plummer, page 9).

Bien que les réformes conduites par Luther et Calvin aient eu un écho religieux chez les dirigeants spirituels, ils utilisèrent premièrement le mécontentement matérialiste des princes et des peuples pour stimuler la rébellion contre Rome. C’est l’esprit de nationalisme qui assura le succès de ces mouvements.

 

Les méthodes violentes des réformateurs

Dans les épreuves de force, les réformateurs protestants étaient tout autant disposés que leurs adversaires catholiques à faire usage de la violence, des bains de sang et de la persécution. Ce fait ne doit absolument pas être oublié dans les discussions au sujet des méthodes ayant conduit au triomphe de la Réforme.

Après que Luther emporta l’adhésion des princes allemands à sa cause, il les utilisa pour combattre le catholicisme et persécuter ceux qui s’opposaient à lui. Cela s’applique également à Zwingli, à Calvin et aux conseillers politiques sous leurs ordres, ainsi qu’au roi Henri VIII, à la noblesse et aux parlementaires anglais qui lui étaient soumis.

Vous souvenez-vous des propos enflammés de Luther aux princes allemands en les appelant à « frapper, étrangler et poignarder, secrètement ou publiquement » les paysans qui avaient adapté ses enseignements à leurs propres circonstances ? Vous rappelez-vous qu’il s’est contredit lui-même en 1529 en disant que les chrétiens étaient « tenus » d’utiliser des armes pour défendre leurs croyances protestantes ?

Il est également établi que Luther approuva la persécution et le martyre des anabaptistes et d’autres groupes qui rejetaient ses enseignements. Il déclara au sujet de la décapitation des anabaptistes en Saxe que « leur courage montrait qu’ils étaient possédés par le diable » (Plummer, page 174).

Le même traitement fut réservé à ceux qui ne suivaient pas le système d’Église nationale qui fut imposé au peuple anglais. En plus des centaines de nobles et de roturiers qui perdirent la vie à cause de la bigoterie personnelle et religieuse d’Henri VIII, des centaines d’autres furent tués sous le règne protestant de sa fille Élisabeth Ière.

Ceux qui refusaient de reconnaître la suprématie religieuse du monarque anglais étaient accusés de haute trahison. « Avant 1588, douze mille catholiques avaient déjà été victimes de la persécution. Rien qu’en Angleterre, pendant les vingt dernières années du règne d’Élisabeth, 142 prêtres avaient été pendus, traînés et écartelés à cause de leur foi. 90 prêtres et religieux étaient morts en prison, 105 avaient été bannis à perpétuité et 62 laïcs influents avaient souffert le martyre » (A History of Religion, Joseph Deharbe, page 484).

Les monarques anglais n’étaient pas les seuls à faire preuve d’intolérance, les dirigeants religieux protestants firent de même. Pendant le règne du jeune roi Édouard VI, l’archevêque Cranmer le persuada de signer l’arrêt de mort de deux anabaptistes, dont une femme, qui furent brûlés vifs. « Les réformateurs anglais n’avaient rien à envier à ceux du continent en termes d’intolérance » (Schaff, page 711).

Après que le calvinisme fut introduit en Écosse, ceux qui se professaient catholiques devinrent passibles de la peine de mort et beaucoup le payèrent de leur vie (Deharbe, page 485).

Souvenez-vous que tous ces gens furent victimes de la persécution protestante !

En invoquant des raisons financières et nationalistes, puis en s’impliquant dans la domination et le pouvoir politique, les principaux réformateurs protestants purent imposer leurs doctrines au peuple. Avant d’obtenir la puissance politique, tous les réformateurs affirmaient le droit inaliénable de chaque chrétien à étudier la Bible pour lui-même et à en évaluer indépendamment ses enseignements (Deharbe, page 620). Mais dès qu’ils accédèrent au pouvoir, malheur aux catholiques, aux anabaptistes et aux autres qui continuèrent à invoquer ce « droit inaliénable » !

Le même état de fait se produisit sous la « théocratie » de Jean Calvin à Genève, en Suisse. « En plus de la profanation et de l’ivrognerie, les divertissements innocents et l’enseignement de doctrines théologiques divergentes étaient sévèrement punis » (History of the Christian Church, George Fisher, page 325). Des centaines d’individus furent condamnés à la prison, à la flagellation publique ou à la peine de mort à cause de divertissements anodins ou parce qu’ils étaient en désaccord avec les idées religieuses de Calvin.

Mais un exemple sort du lot et il reçut l’approbation de presque tous les réformateurs de l’époque. Nous devrions particulièrement nous en souvenir, car il donne un exemple frappant du raisonnement des premiers réformateurs concernant la tolérance religieuse. Il s’agit du martyre de Michel Servet.

 

Michel Servet au bûcher

Servet avait à peu près le même âge que Calvin. Né en Espagne, il pratiqua la médecine en France et il aurait ouvert la voie à la découverte de la circulation du sang par Harvey. Dans sa jeunesse, il publia un livre sur les « erreurs de la Trinité ». Il y exprimait son désaccord avec la doctrine de la Trinité divine prêchée par les catholiques et les protestants. Sa position était proche de la croyance unitarienne actuelle (Plummer, page 170).

En enseignant et en écrivant au sujet de cette doctrine, exprimant ainsi un point de vue divergent sur la nature même de la divinité du Christ, il était haï et persécuté à la fois par les catholiques et les protestants.

Après avoir fui l’inquisition catholique à Vienne, en France, il se réfugia imprudemment dans la Genève protestante. Certains le reconnurent et informèrent Calvin de sa présence. Ce dernier le fit arrêter et emprisonner (Plummer, page 172).

Alors que le procès de Servet débuta devant le conseil dominé par Calvin, celui-ci écrivit à un de ses collègues réformateurs : « J’espère que le jugement sera la peine de mort… » (Plummer page 172).

« Pendant le procès, Calvin tenait le rôle de procureur à charge et il n’eut aucune difficulté à faire en sorte que Servet admette sa culpabilité en désespoir de cause […] C’est un des aspects douloureux de cette affaire dans laquelle Calvin avait intérêt à ce que Servet soit condamné, car un tel triomphe renforcerait considérablement sa position à Genève. L’affaire traînait en longueur et, comme pour Bolsec, une correspondance abondante fut échangée avec les autorités civiles et religieuses en Suisse. Vers la fin, il semblait clair que les ennemis de Calvin avaient échoué et que le sentiment protestant était favorable à l’élimination de la surface de la Terre d’une vermine comme Servet. Le 26 octobre, il fut condamné à être brûlé vif dès le lendemain. Calvin demanda une mort plus douce, mais sa requête fut rejetée. À cause de la maladresse du bourreau, l’agonie de Servet fut prolongée. Son dernier cri fut : “Jésus, Toi le Fils du Dieu éternel, aie pitié de moi”, et il fut noté que “éternel” n’était pas l’épithète du Fils mais de Dieu. Le livre pour lequel Servet avait été condamné fut attaché à son cou afin d’être brûlé avec lui. [L’ouvrage] tomba et fut sauvé des flammes. Cet effroyable témoignage de la “morale” réformatrice peut encore être consulté à la Bibliothèque nationale à Paris.

« Nous devons toujours nous souvenir que ni Calvin, ni le Conseil, ni les autorités suisses n’avaient la compétence de condamner Servet à mort. Leur action fut un lynchage des plus révoltants » (Plummer, pages 172-173).

 

Notez que même cet historien protestant fut forcé de reconnaître qu’un des deux plus grands réformateurs protestants eut recours à un « lynchage » illégal afin de détruire un opposant religieux !

La vérité crue est qu’il s’agissait ni plus ni moins d’un meurtre « respectable » !

Jésus-Christ enseigna : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent » (Matthieu 5 :44).

L’apôtre Paul fut inspiré à écrire : « Ne vous vengez point vous-mêmes, bien-aimés, mais laissez faire la colère divine ; car il est écrit : À moi la vengeance ; c’est moi qui rétribuerai, dit le Seigneur. Si donc ton ennemi a faim, donne-lui à manger » (Romains 12 :19-20, Ostervald).

En indiquant très clairement que le droit de condamner à mort en jugement civil, lorsqu’il s’agit de sujets spirituels, n’était pas accordé aux êtres humains faillibles, Jésus libéra la femme adultère (Jean 8 :11). Il ordonna : « Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés » (Matthieu 7 :1).

Jean Calvin connaissait-il ces versets ? Comprenait-il ces principes que presque tous les hommes cultivés connaissent depuis lors ?

 

Comment Calvin en est-il arrivé là ?

Des historiens protestants apportent la réponse : « Il est clairement un cran au-dessus des autres commentateurs systématiques du système réformateur de la doctrine chrétienne […] La théologie de Calvin était basée sur une connaissance approfondie des Écritures » (Schaff, pages 260-261).

Nous avons ici un homme qui connaissait réellement la Bible et qui a écrit des commentaires savants à son sujet. De plus, il était très familier avec l’enseignement et l’exemple du Christ et de l’Église originelle du Nouveau testament.

Cependant, il était prêt non seulement à tolérer, mais encore à provoquer directement la mort d’un homme sur le bûcher au motif d’être en désaccord avec ses doctrines religieuses. Dans le sens littéral de tout ce que Jésus-Christ a enseigné, représenté et vécu, Jean Calvin se trouve être un meurtrier ! En était-il conscient ? Était-il sincère ? Ou était-ce un acte impulsif dans le feu de l’action ?

Nous pouvons répondre par la négative à la dernière question. Longtemps après, Jean Calvin continua à défendre cet acte odieux et à se justifier. Aussi incroyable que cela puisse paraître, de nombreux autres dirigeants réformateurs en firent de même !

Au cours de l’année suivant la mort de Servet, Calvin affirma de façon dogmatique : « Quiconque conteste désormais qu’il est injuste de tuer les hérétiques et les blasphémateurs encourra  sciemment et volontairement sa culpabilité même. Cela n’est pas établi par l’autorité humaine ; c’est Dieu qui parle et qui prescrit une règle perpétuelle pour son Église » (Schaff, page 791).

À vrai dire, si la « règle perpétuelle » de Jean Calvin contre les hérétiques était mise en application de nos jours, très peu d’entre nous seraient encore en vie !

Heureusement pour lui, Luther était déjà mort et il n’eut pas à se prononcer sur le cas de Servet. Mais vu son passé, il est presque certain qu’il aurait été d’accord avec Calvin pour le condamner à mort.

Cependant, Philip Melanchthon, le conseiller et le compagnon le plus proche de Luther, exprima rapidement son accord avec Calvin. Il écrivit plus tard à Bullinger, un autre réformateur suisse : « Je considère également que le sénat genevois a eu parfaitement raison de mettre fin [à la vie] de cet homme obstiné qui n’aurait jamais pu cesser de blasphémer. Et je me pose des questions sur ceux qui désapprouvent cette sévérité » (Schaff, page 707).

Nous voyons ainsi que les réformateurs allemands étaient d’accord avec leurs homologues suisses pour brûler vif un homme, juste parce qu’il exprimait des divergences avec leurs opinions théologiques !

À la question de savoir si Calvin était sincère dans ses agissements, Dieu seul le sait. L’esprit humain nous joue parfois des tours. Il nous arrive souvent d’ignorer volontairement les choses que nous ne voulons pas reconnaître. Comme nous allons le voir dans un instant, il est évident que Luther et Calvin adoptèrent cette attitude dans le développement de leurs doctrines et dans certaines de leurs actions.

Cependant, en jugeant sur les faits à notre disposition, et d’après les témoignages de ses contemporains, il semble que Calvin fut sincère. Dans son propre raisonnement, Calvin semblait être sincère en pensant qu’il était juste de brûler vif Servet pour son désaccord religieux, bien que lui et les autres réformateurs aient clamé leur liberté et leur conscience individuelle dans leur lutte avec Rome.

 

La cause de la violence et des persécutions protestantes

La réponse concernant le meurtre de Servet ne se trouve pas dans un acte impulsif de Calvin dont il se serait repenti, ni dans un manque complet de sincérité de sa part. Quelle est donc l’explication ?

De nombreux historiens protestants fournissent la même réponse. Chaque personne étudiant honnêtement la Bible et l’Histoire devrait également l’accepter.

La réponse est que, même après leur séparation de Rome et leur « conversion » au protestantisme, les premiers réformateurs et leurs disciples étaient littéralement imbibés des doctrines, des concepts et des pratiques de leur « Église-mère » à Rome. « Les réformateurs ont hérité de la doctrine de la persécution de leur Église-mère et ils l’ont pratiquée tant qu’ils en avaient les moyens. Ils combattaient l’intolérance par l’intolérance. Ils étaient favorablement différents de leurs opposants dans le degré et l’étendue de l’intolérance, mais pas dans le principe » (Schaff, page 700).

Cet aveu sincère de Schaff révèle pourquoi tant de doctrines et d’actions protestantes semblent inconsistantes avec leur intention affichée de baser toutes choses « rien que sur la Bible ».

Martin Luther s’engagea en politique, il toléra la bigamie, il conseilla de mentir, il encouragea le meurtre de paysans et l’exécution d’anabaptistes (y compris par noyade pour beaucoup d’entre eux).

La révolte anglaise fut le résultat de l’avidité d’Henri VIII. Lui, la reine Élisabeth Ière et les théologiens protestants ont tous leur part de responsabilité dans le massacre de centaines de catholiques, d’anabaptistes et, plus tard, de dissidents puritains.

Jean Calvin et les réformateurs suisses jouèrent un rôle dans la persécution des anabaptistes, ainsi que dans le châtiment cruel et l’exécution de leurs concitoyens genevois qui ne se conformaient pas à tous les aspects de la doctrine calviniste. Finalement, presque tous les dirigeants protestants exprimèrent leur approbation concernant le « lynchage » de Michel Servet, condamné au bûcher, à l’instigation de Calvin pour des raisons purement religieuses.

Nous avons prouvé que ces meurtres avaient été commis de « sang-froid ». Il ne s’agissait pas d’actes impulsifs commis dans le feu de l’action et ces responsables n’étaient pas atteints de démence passagère.

Ces crimes au nom de la religion étaient calculés et, des années plus tard, leurs auteurs s’en défendaient encore avec des arguments théologiques !

La véritable explication réside dans le fait que les premiers réformateurs avaient « hérité » en immense partie la doctrine et l’esprit de leur « Église-mère ». Ils étaient en état d’ivresse spirituelle – incapables de voir clairement la signification et l’issue de leurs enseignements et de leurs actions.

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