La vérité au sujet de la Réforme protestante, partie 1

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Que se cache-t-il derrière la Réforme initiée par Martin Luther il y a 500 ans ? Le premier article de cette nouvelle série vous expliquera ce que peu de gens comprennent.


Première partie
Les 500 ans de
la Réforme protestante

Note de la rédaction :

Alors que cette année marque le 500ème anniversaire de la Réforme protestante, c’est une période idéale pour faire la lumière sur ce sujet – que peu de gens comprennent – en expliquant la véritable signification de la Réforme à nos lecteurs. Cet article est le premier d’une série instructive que nous avons le plaisir de partager avec vous.

Roderick C. Meredith, rédacteur en chef de la revue du Monde de Demain et évangéliste en charge de l’Église du Dieu Vivant, possède des qualifications uniques pour rédiger cette série. Son ministère a débuté il y a près de 65 ans, depuis les toutes premières années de l’Œuvre internationale conduite par Herbert W. Armstrong, jusqu’à la continuation actuelle de cette Œuvre sur différents supports multimédias afin d’atteindre le monde avec l’Évangile du Royaume de Dieu à venir. Détenteur d’un doctorat en théologie, M. Meredith est depuis longtemps un spécialiste de l’histoire et de la signification de la Réforme protestante. Cette série compile ses recherches concernant ce sujet incompris. Vous y apprendrez la vérité concernant la Réforme – une vérité grâce à laquelle vous verrez sous un angle bien différent les 500 dernières années de la religion portant le nom de christianisme.

Nous espérons que vous apprécierez cette série !

 

Le protestantisme est mis à rude épreuve de nos jours. La Réforme protestante est à l’origine d’une véritable Babylone avec des centaines de dénominations différentes qui varient dans leur foi et leurs pratiques, des quakers fondamentalistes aux congrégationalistes modernes, des premiers méthodistes aux chrétiens scientologues, des luthériens conservateurs aux mormons, en passant par les adventistes du septième jour et les témoins de Jéhovah – et les centaines d’autres variantes.

Quelle est la véritable base des Églises protestantes à travers le monde ? Pourquoi leurs premiers dirigeants se sont-ils révoltés contre l’autorité de l’Église catholique ? À quel point sont-ils responsables de la « division de la chrétienté » actuelle ?

Les réformateurs protestants ont-ils atteint les objectifs qu’ils s’étaient fixés ? Surtout, ont-ils réussi à restaurer la foi ainsi que les croyances de Jésus et de l’Église du Nouveau Testament ? La véritable question est de savoir si les réformateurs protestants et leurs successeurs ont réussi à revenir vers « la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes » (Jude 3).

Ces questions sont essentielles. Beaucoup d’entre nous avons été élevés au sein d’une dénomination issue de la Réforme protestante, ou bien dans l’Église catholique. Et nous avons pris pour acquis – comme le font tous les enfants – ce qui nous avait été enseigné.

Et bien entendu, nous avons tous reçu des enseignements différents !

Les Écritures nous disent : « Examinez toutes choses ; retenez ce qui est bon » (1 Thessaloniciens 5 :21). Le but de cette série est donc d’effectuer un examen objectif des véritables raisons de la Réforme protestante. Nous verrons pourquoi les premiers réformateurs se sont rebellés contre le système de l’Église catholique et pourquoi les différentes tendances protestantes se sont développées. En utilisant des faits historiques impartiaux, nous comparerons les enseignements, les méthodes et les actions des réformateurs protestants avec la Bible, à laquelle ils prétendent obéir.

 

La base du jugement

Vu la tendance actuelle allant vers le modernisme et le rejet de la Bible en tant qu’autorité inspirée, disons simplement que cette série est écrite selon une compréhension littérale et fondamentaliste de la Bible. La révélation inspirée de Dieu sera le critère pour établir la vérité.

 Pour ceux d’entre vous qui seraient modernistes ou « sceptiques », avez-vous réellement prouvé oui ou non que la Bible a été inspirée de manière surnaturelle ? Une bonne façon de renier cette inspiration serait d’apporter des preuves irréfutables montrant que les nombreuses prophéties, annonçant des jugements spécifiques sur les grandes villes et nations du monde antique, n’ont pas eu lieu. Malheureusement pour vous, personne n’a réussi à le faire.

Un autre test est de prendre Dieu au mot, de se soumettre en obéissant à Sa volonté, puis en ayant la foi et en croyant sincèrement à la prière, de Lui demander une des nombreuses promesses spécifiques données dans la Bible et de voir si oui ou non Dieu répondra par un miracle afin de confirmer Sa parole.

Naturellement, ce n’est pas ce qu’a fait le modernisme. Il a échoué à prouver que la Bible n’était pas inspirée. Nous devrions alors nous souvenir que c’est une hypocrisie intellectuelle de se moquer et de ridiculiser quelque chose lorsqu’il n’y a aucune preuve pour la contredire.

Nous utiliserons donc la Bible comme le « critère » spirituel sur lequel nous mesurerons la Réforme protestante.

Nous citerons aussi les déclarations d’intentions des réformateurs eux-mêmes. Nous examinerons les documents historiques pour voir ce qu’ils ont vraiment fait. Puis nous nous pencherons sur les déclarations de leurs successeurs et nous examinerons les résultats finaux de la Réforme.

 

Les objectifs du protestantisme

Nous examinerons la phrase célèbre du théologien protestant William Chillingworth : « La Bible, toute la Bible et rien que la Bible constitue la religion des protestants » (Schaff-Herzog, Encyclopedia of Religious Knowledge, “Chillingworth, W.”). En affirmant constamment que les Écritures sont « la règle inspirée de la foi et des pratiques » (Schaff-Herzog, “Bible”), les dirigeants protestants se sont engagés à suivre la religion de Jésus-Christ et de Ses apôtres à tous les points de vue.

Dans le Livre de Torgau écrit en 1576, les luthériens déclaraient que « le seul critère par lequel tous les dogmes et tous les enseignants doivent être évalués et jugés n’est rien d’autre que les écrits prophétiques et apostoliques de l’Ancien et du Nouveau Testament » (T.M. Lindsay, A History of the Reformation, page 467).

De nos jours, les protestants prennent souvent ces déclarations pour argent comptant en pensant qu’ils doivent être très proches de la vérité. Mais cela était-il vrai pendant la Réforme protestante ? Est-ce vrai de nos jours ?

Il est intéressant de se rappeler que dans ses écrits et ses enseignements, John Knox, comme d’autres dirigeants réformateurs, reconnaissait « que toute adoration, hommage ou service de Dieu inventé par l’esprit humain dans la religion de Dieu sans un ordre exprès de Sa part est une idolâtrie ». Il renforça explicitement sa déclaration en ajoutant que le fait « de dire : nous ne croyons pas dans des idoles, ne vous excusera en rien car chaque idolâtre fera de même ; mais si vous ou eux faites quelque chose de contraire à la parole divine pour honorer Dieu, vous montrez que vous placez votre confiance dans quelque chose d’autre que Dieu et vous êtes des idolâtres. Notez, frères et sœurs, que pour beaucoup, leur idole est leur propre sagesse ou leur fantasme ; en croyant davantage à ce qu’ils pensent être bon, plutôt qu’à Dieu » (William Hastie, The Theology of the Reformed Church, page 50).

L’avertissement de Knox contre le faux « service de Dieu inventé par l’esprit humain » s’inscrit dans la lignée de la condamnation de Jésus contre « la tradition des hommes » (Marc 7 :7-8). Il est très important que nous comprenions ce principe avant d’essayer de comprendre la véritable signification de la Réforme protestante. Comme Salomon l’a sagement écrit : « Telle voie paraît droite à un homme, mais son issue, c’est la voie de la mort » (Proverbes 14 :12).

Nous ne devons pas considérer la Réforme selon des idées humaines et selon ce qui semble raisonnable pour les hommes, mais selon les paroles du Christ : « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Matthieu 4 :4). Nous devons aussi considérer l’avertissement de Jésus contre les traditions humaines et le fait que les réformateurs comprenaient ce principe, en proclamant poursuivre un objectif basé uniquement sur la Bible.

 

La véritable Église de Dieu a-t-elle été “réformée” ?

Beaucoup de protestants n’aiment pas parler de ce sujet, mais pour bien saisir la signification de la Réforme, nous devons prendre en compte un autre élément important : le mouvement protestant était-il une réforme de la véritable Église de Dieu qui aurait dévié ? Et donc, l’Église catholique est-elle la continuation égarée de l’Église que Jésus-Christ avait annoncé qu’Il bâtirait ?

Sinon, le mouvement protestant était-il juste une initiative humaine pour s’extirper d’un système rude et erroné qui était, selon leurs aveux, païen et diabolique dans beaucoup de ses croyances et pratiques ? Dans ce cas, où était la véritable Église de Dieu pendant les siècles écoulés entre les apôtres originels et les réformateurs protestants ?

Jésus-Christ déclara : « Je bâtirai mon Église, et […] les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle » (Matthieu 16 :18). À la fin de Son ministère terrestre, Il ordonna à Ses apôtres : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28 :19-20).

Où se trouvait l’Église bâtie par Jésus au début de la Réforme ? Cette Église à qui Il avait promis d’être avec elle tous les jours ? S’il s’agissait de l’Église catholique – comme le prétendent les historiens catholiques – alors les protestants se seraient rebellés contre l’Église de Dieu sur Terre.

Dans ce cas, quel que soit leur désir d’améliorer la situation au sein de la véritable Église, ils auraient dû se souvenir et obéir aux paroles que Jésus lança à propos des scribes et des pharisiens – les dirigeants religieux pervertis, mais légitimes, à Son époque : « Faites donc et observez tout ce qu’ils vous disent ; mais n’agissez pas selon leurs œuvres… » (Matthieu 23 :3).

Mais si l’Église catholique n’est pas l’Église bâtie par Jésus, alors pourquoi les réformateurs n’ont-ils pas essayé de trouver et de s’unir avec cette Église qui n’avait jamais participé au paganisme de Rome, et qui n’avait pas été contaminée par sa fausse doctrine et son influence, l’Église avec laquelle Jésus avait promis d’être tous les jours jusqu’à la fin du monde, l’Église dont Il est la Tête vivante (Éphésiens 1 :22) ?

Pourquoi créer de nouvelles Églises si la véritable et unique Église existait encore ?

Ou alors, était-il nécessaire de purifier seulement la foi et la morale de ces individus qui voulaient sortir du système catholique corrompu ?

Ces questions nécessitent une réponse ! Comme nous le verrons plus loin, de nombreux dirigeants protestants – reconnaissant et croyant que Rome est leur véritable origine – cherchent à justifier sa revendication d’être le vrai corps du Christ sur la Terre. Cette hypothèse doit être examinée attentivement.

Cette « Église-mère » à Rome est-elle la seule base historique de la revendication protestante de descendre du Christ et de Ses apôtres ? Nous verrons cela en détail.

 

La “chrétienté” actuelle

Nous devons juger chaque dénomination ou mouvement religieux selon la mesure des paroles prophétiques du Christ : « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons ? Tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits » (Matthieu 7 :16-17).

Tout historien honnête sera forcé de reconnaître que la Réforme a entraîné un regain d’intérêt et de connaissance de la Bible chez les gens ordinaires. Au cours de la Renaissance, le retour de l’apprentissage et des arts se répandit rapidement à toutes les couches de la population des pays ayant accepté le protestantisme. Dans l’ensemble, les territoires protestants ont aussi bénéficié d’un niveau d’éducation et d’un train de vie matériel plus élevé que les nations catholiques.

Mais revenons à la racine du problème : où se situent les valeurs spirituelles des protestants actuels par rapport à celles de l’Église du Nouveau Testament ?

Y a-t-il eu un vrai retour vers le « christianisme apostolique » ? Ou faudra-t-il encore « un nettoyage et une purge » religieuse de grande ampleur à l’avenir ?

Le Christ déclara à Ses disciples au sujet des pharisiens, les dirigeants religieux de Son époque : « Toute plante que n’a pas plantée mon Père céleste sera déracinée » (Matthieu 15 :13). Quels sont les « fruits », ou les résultats, de la Réforme protestante nous montrant que ce mouvement aurait été planté par Dieu et utilisé pour Sa gloire ?

Le but de cette série est de répondre aux nombreuses questions soulevées. Nous irons à la racine de ces questions.

Mais souvenez-vous bien que la Réforme protestante doit être évaluée par chaque chrétien honnête selon les enseignements et les exemples du Christ et des apôtres – « toute la Bible et rien que la Bible », dont les dirigeants protestants affirment qu’elle est « la règle inspirée de la foi et des pratiques ».

Si la foi protestante est véritable, alors nous pourrons le prouver. Mais nous ne pouvons pas supposer, sans avoir de preuves, que les doctrines, les croyances et les pratiques du protestantisme actuel constituent la religion fondée par Jésus-Christ, le Fils de Dieu.

C’est ce que nous devons savoir par-dessus tout. Nous devons en être sûrs. Nous ne devons pas avoir peur de comparer le Christ et Sa parole avec ceux qui prétendent représenter Son Église à notre époque.

C’est un défi sérieux.

 

Le christianisme après la mort des apôtres

Les historiens s’accordent à dire que les réformateurs protestants ont coupé les ponts avec l’Église catholique.

Mais très peu de gens comprennent la dégénérescence et la dépravation extrême dans laquelle cette organisation était tombée avant la Réforme. Il est nécessaire de bien comprendre cet élément et le contexte historique de la Réforme protestante.

Il est clairement établi que l’Église visible au début de l’Empire romain avait complètement changé concernant de nombreuses croyances et pratiques du Christ et des apôtres. Nous devons comprendre la nature de ces changements pour évaluer correctement la Réforme qui eut lieu beaucoup plus tard. En considérant l’histoire du système catholique, nous devrions nous demander si l’histoire de la véritable Église de Dieu a mal tourné.

 

Une apostasie précoce

Comme le rapporte Jesse Lyman Hurlbut, un mystérieux changement transforma la vie, la doctrine et le culte de l’Église visible dans les cinquante années suivant la mort des premiers apôtres : « Les cinquante années qui ont suivi cet événement [la mort de Paul] sont cachées comme derrière un rideau, à travers lequel nous aimerions discerner de quoi satisfaire notre soif d’information. Quand ce rideau se lève enfin, aux environs de l’an 120, grâce aux écrits des pères de l’Église, nous découvrons une chrétienté qui, sous bien des aspects, diffère beaucoup de celle que nous avons connue aux jours de Pierre et de Paul » (L’histoire de l’Église chrétienne, page 31, éditions Vida, traduction Philippe Le Perru).

Cette transformation insolite nous rappelle les paroles d’avertissement de Paul : « Car il viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine ; mais, ayant la démangeaison d’entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de docteurs selon leurs propres désirs, détourneront l’oreille de la vérité, et se tourneront vers les fables » (2 Timothée 4 :3-4). Dans sa seconde épître, Pierre donna un avertissement similaire : « Il y a eu de faux prophètes parmi le peuple ; de même il y a parmi vous de faux docteurs qui introduiront insidieusement des hérésies de perdition et qui, reniant le Maître qui les a rachetés, attireront sur eux une perdition soudaine. Beaucoup les suivront dans leurs dérèglements et, à cause d’eux, la voie de la vérité sera calomniée » (2 Pierre 2 :1-2, Colombe).

À l’époque de la dernière épître de l’apôtre Jean, vers 90 apr. J.-C., les perversions de la vraie foi étaient déjà sous-jacentes et de faux enseignants commençaient à prendre l’ascendant au sein des congrégations de l’Église visible. Jean écrivit qu’un certain Diotrèphe avait déjà commencé à excommunier ceux qui adhéraient à la vérité, et que « non content de cela, il ne reçoit pas les frères, et ceux qui voudraient le faire, il les en empêche et les chasse de l’Église » (3 Jean 9-10).

En écrivant d’un point de vue séculier, l’historien Edward Gibbon décrit ainsi cette période de l’histoire de l’Église : « Une tâche plus triste est imposée à l’historien : il doit découvrir le mélange inévitable d’erreur et de corruption qu’a dû contracter la foi dans un long séjour parmi des êtres faibles et dégénérés » (Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain, tome 1, éditions Laffont, page 327, traduction François Guizot).

Les assemblées chrétiennes visibles, corrompues par de faux enseignants ayant des ambitions personnelles, commencèrent à adopter les pratiques et les coutumes des païens en remplacement de la foi et des pratiques de l’Église apostolique. « Le christianisme commençait déjà à revêtir les habits du paganisme » (Sketches of Church History, James Wharey, page 39).

Les cérémonies et rituels païens ont commencé à remplacer le culte divin sincère, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus grand-chose (Wharey, page 40). Bien entendu, cela s’applique uniquement à l’Église visible dans son ensemble.

 

Certains préservèrent les pratiques apostoliques

Malgré l’apostasie majoritaire, de nombreuses preuves historiques montrent qu’un certain nombre de communautés chrétiennes continuèrent à suivre les doctrines de base et les pratiques de l’Église originelle jusqu’à l’époque de la Réforme. Gibbon évoque la situation précaire des principaux imitateurs de l’Église apostolique : « Les nazaréens, qui avaient jeté les fondements de l’Église, se trouvèrent bientôt accablés par la multitude des prosélytes, qui, de toutes les différentes religions du polythéisme, accouraient en foule se ranger sous la bannière de Jésus-Christ ; et les gentils, autorisés par leur apôtre particulier à rejeter le fardeau insupportable des cérémonies mosaïques, voulurent aussi refuser à leurs frères plus scrupuleux la même tolérance qu’ils avaient d’abord humblement sollicitée pour eux-mêmes » (Gibbon, page 332).

Nous voyons que les Gentils convertis amenèrent dans l’Église les coutumes de leurs anciennes religions païennes, ainsi qu’une attitude méprisante à l’égard de ceux qui voulaient rester fidèles à l’exemple et aux pratiques du Christ et des apôtres originels. Il ne fait aucun doute que cette attitude était la raison pour laquelle Diotrèphe a pu « chasser » les véritables frères et sœurs avec l’assentiment apparent des congrégations visibles.

Puisque le but de cette série n’est pas de retracer l’histoire du petit groupe de croyants qui resta fidèle à la foi et au culte apostolique, et puisqu’il est d’usage chez les historiens des Églises confessionnelles de tordre ou de remettre en question les croyances de ce peuple, il est judicieux d’inclure un aveu de Hurlbut sur la difficulté à confirmer les véritables croyances de ces peuples ou, dans ce cas, des « hérésies » de l’époque. Il écrivit :

 

« Il nous est assez difficile d’essayer de comprendre ces différentes sectes et hérésies car, à l’exception peut-être des montanistes, leurs écrits ont disparu. La seule information dont nous disposons est contenue dans les écrits de ceux qui les ont combattues, et qui, bien naturellement, faisaient preuve, à leur égard, d’un certain nombre de préjugés. Imaginons par exemple que nous n’ayons aujourd’hui aucun ouvrage appartenant au méthodisme, en tant que confession, et que, mille ans plus tard, des érudits s’efforcent de vérifier leur enseignement en utilisant uniquement les livres et les brochures qui ont été publiés au dix-huitième siècle pour critiquer John Wesley. Quelles erreurs ne risqueraient-ils pas de commettre, et quel portrait déformé on aurait du méthodisme ! » (L’histoire de l’Église chrétienne, page 55).

 

Ajoutez à ce manque de preuves historiques le fait que de nombreux historiens religieux actuels écrivent d’un point de vue confessionnel préjudiciable aux pratiques et aux croyances apostoliques, et il est facile de comprendre la difficulté inhérente à trouver la vérité au sujet de tels chrétiens ayant vécu par le passé. Néanmoins, même les témoignages des ennemis contiennent de nombreuses preuves montrant une chaîne ininterrompue de ces fidèles croyants jusqu’à nos jours.

 

Le développement de l’Église catholique

Comme nous l’avons vu, les congrégations locales perdirent une grande partie de la vérité au cours des cinquante années qui suivirent la mort des apôtres, mais l’Église catholique en tant que telle commença seulement à se développer au quatrième siècle. Avant cela, il y eut de nombreuses scissions et divisions au sein de l’Église visible, mais les avancées de l’idolâtrie furent ralenties à cause de la persécution de l’État romain qui empêchait de nombreux païens de venir, ce qui préserva une certaine pureté doctrinale dans l’Église.

Cependant, il s’agissait surtout d’une pureté dans l’erreur, car la théologie à cette époque s’était déjà tellement éloignée des enseignements de Jésus et des apôtres que de nombreuses doctrines étaient désormais basées sur les idées de Platon et d’autres philosophes païens. Origène, un des grands « pères de l’Église » à cette époque, admirait cette philosophie et il l’utilisa pour expliquer les doctrines de l’Évangile. Cela le conduisit à interpréter les Écritures selon une méthode allégorique (Wharey, page 46).

En parlant de cette période, Gibbon décrivit le développement graduel de ce qui devint la hiérarchie de l’Église catholique, en suivant le modèle de gouvernement de la Rome impériale. Il écrivit : « Les premiers chrétiens étaient morts aux affaires et aux plaisirs du monde ; mais cet amour de l’action qu’ils avaient reçu de la nature, et dont la trace n’avait jamais pu être entièrement effacée, reparut bientôt, et trouva de nouveaux aliments dans le gouvernement de l’Église » (Gibbon, page 355).

À propos du développement du gouvernement de cette Église, il nous dit qu’il suivit rapidement le modèle des synodes de province – unifiant plusieurs congrégations d’une région sous la direction de l’évêque de la congrégation possédant le plus de membres et généralement située dans la plus grande ville (Gibbon, pages 358-360). Avec la conversion de Constantin au christianisme de nom, le gouvernement de l’Église commença à être structuré d’après l’État romain. « Sous Constantin le Grand, l’Église commença d’abord à être connectée avec l’État, et son gouvernement fut adapté à une telle connexion, selon des principes de politique étatique » (Wharey, page 55).

 

La corruption et la décadence morale

L’augmentation du vice et de la corruption du ministère nous est rapportée par Mosheim qui décrivit avec justesse la soif de pouvoir qui entra dans le cœur et l’esprit des dirigeants religieux de cette période : « Les évêques avaient des disputes honteuses entre eux, concernant les frontières de leur évêché et les limites de leur juridiction ; et alors qu’ils foulaient aux pieds les droits du peuple et du clergé de rang inférieur, ils rivalisaient en termes de luxe, d’arrogance et de jouissance avec les gouverneurs civils des provinces » (Institutes of Ecclesiastical History, page 131).

Lorsque Constantin devint le seul empereur de l’Empire romain en 323 apr. J.-C., le christianisme (du moins la religion portant ce nom) fut reconnu comme religion officielle de l’empire en l’espace d’une année. Cette reconnaissance affecta non seulement le gouvernement de l’Église et la morale de ses ministres, mais elle eut aussi une profonde influence sur l’Église entière et ses membres.

La persécution contre l’Église établie cessa à tout jamais. L’ancien « jour du soleil » (le dimanche) fut proclamé jour de repos et d’adoration. Dans certaines langues, le mot dimanche signifie encore « jour du soleil » ; en anglais par exemple, soleil se dit « sun », jour se dit « day » et dimanche se dit « Sunday » (jour du soleil). Des temples païens furent consacrés en tant qu’églises. Le ministère devint rapidement une classe privilégiée, au-dessus des lois du pays.

Désormais, tout le monde cherchait à faire partie de cette Église. « Des hommes ambitieux, mondains et sans scrupule, ont alors brigué une fonction ecclésiastique, afin de pouvoir exercer une influence sociale et politique » (Hurlbut, page 64). Au lieu que le christianisme influence et transforme le monde, c’est alors le monde qui domina la soi-disant Église chrétienne.

« Le culte a gagné en splendeur, mais a peu à peu perdu son côté spirituel et sincère des premiers temps. Les formes et les cérémonies propres au paganisme se sont alors mêlées à l’adoration. Un certain nombre de vieilles fêtes païennes ont été transformées en fêtes chrétiennes, et l’on a changé leur nom. Vers l’an 405, les images des saints et des martyrs ont fait leur apparition dans les églises… » (Hurlbut, page 64).

Lorsque le christianisme devint la religion de l’empire, l’Église et l’État commencèrent à former un système intégré. Le système catholique romain venait de commencer et Hurlbut nous dit que « l’Église a progressivement usurpé le pouvoir de l’État, donnant naissance non plus au christianisme, mais à une hiérarchie plus ou moins corrompue qui a pris le contrôle des nations européennes, faisant de l’Église une grande machine politique » (ibid., page 65).

 

Le catholicisme au pouvoir

Deux ans après que la religion appelée christianisme devint la religion officielle de l’Empire romain, une nouvelle capitale fut choisie et bâtie sous Constantin. Il sélectionna la ville grecque de Byzance à cause de sa situation géographique lui permettant d’être relativement épargnée des ravages de la guerre qui avaient si souvent affecté Rome.

Peu après, la division de l’empire commença – Constantin nomma des « empereurs associés » à l’Ouest. La division de l’empire prépara la voie à la scission à venir dans l’Église catholique. Cela permit aussi de glorifier plus facilement l’évêque de Rome, car il n’était plus dans l’ombre de l’empereur.

Pendant cette époque, l’Église établie régnait sans partage – et toute tentative de retour à la foi apostolique était sévèrement punie en tant qu’offense contre l’État. « Une loi a décrété qu’il était interdit d’écrire ou de parler contre la religion chrétienne [catholique], et que les œuvres de ses adversaires devaient être brûlées » (Hurlbut, page 70).

Ainsi, ceux qui pouvaient détenir la vérité à cette époque furent empêchés de préserver toute trace écrite de leur foi pour les générations suivantes. L’édit réussit à éradiquer l’hérésie, mais aussi toute vérité qui s’opposait à la doctrine catholique.

Concernant la substance de cette doctrine, « la théologie de ce siècle commença à être très corrompue et falsifiée avec des superstitions et des philosophies païennes. Nous commençons à voir des signes évidents de la vénération excessive des saints qui sont morts, de la croyance du purgatoire pour les âmes après la mort, du célibat du clergé, de l’adoration des images et des reliques, et de beaucoup d’autres opinions qui, au fil du temps, finirent par chasser presque toute la vraie religion, ou au moins à l’obscurcir et à la corrompre très fortement » (Wharey, page 60). Alors que l’Église catholique s’agrandissait, la superstition, le paganisme et l’idolâtrie augmentaient.

Le développement du pouvoir papal fut le fait marquant pendant les dix siècles du Moyen Âge. Rapidement, le pape à Rome proclama régner non seulement sur les autres évêques, mais aussi sur les nations, les rois et les empereurs (Hurlbut, page 105).

Grégoire Ier (pape entre 590-604) a fait de l’Église le véritable dirigeant de la province de Rome et il est celui qui développa la doctrine du purgatoire, de l’adoration des images et de la transsubstantiation. George Park Fisher parle ainsi de cette période : « Noël apparut en Occident (Rome) avant de passer à l’Église d’Orient. De nombreux chrétiens prenaient toujours part aux festivités païennes du Nouvel An » (History of the Christian Church, page 119).

En parlant des controverses doctrinales qui faisaient rage dans l’Église à cette époque, il ajoute : « L’interférence de l’État dans la doctrine est une réalité qui mérite une attention particulière. En philosophie, l’influence de Platon était encore prédominante : comme Origène, Augustin était ancré dans la pensée platonique » (Fisher, page 121). Voici une déclaration claire montrant que les enseignements philosophiques des penseurs païens, comme Platon, ont influencé distinctement les positions doctrinales d’un grand nombre de premiers « pères de l’Église » !

 

L’apogée et le déclin du prestige papal

Le sommet de la suprématie papale fut atteint sous Grégoire VII, né Hildebrand. Sous son règne, l’empereur Henri IV du Saint-Empire offrit un spectacle inhabituel afin de recevoir l’absolution du pape, après avoir été banni et excommunié par ce dernier : il « se tint pendant trois jours devant la porte du château, dépouillé de tout l’attirail de la royauté, déchaussé et vêtu de la chemise de laine » (Hurlbut, pages 91-92).

Un autre règne marqué par la progression de l’autorité papale fut celui d’Innocent III. Il déclara lors de son discours inaugural : « Le successeur de Saint-Pierre se tient à mi-chemin entre Dieu et l’homme ; au-dessous de Dieu, au-dessus de l’homme. Juge de tous, mais jugé par personne » (Hurlbut, page 92).

Mais peu après, le déclin commença avec une époque surnommée la « captivité babylonienne » de l’Église (1305-1378). Sur ordre du roi de France, la papauté fut transférée de Rome à Avignon. Les scandales politiques et moraux des papes et du clergé pendant cette période ont affaibli l’influence papale et commencé à préparer les esprits des hommes pour les tentatives ultérieures de réforme (Mosheim, page 490).

Il ne fait aucun doute qu’il y avait beaucoup d’hommes bons et sincères dans l’Église catholique, même pendant cette période. Mais il était impossible pour la plupart de ces hommes de comprendre les simples vérités bibliques, même s’ils l’avaient voulu, tellement ils avaient marqué une rupture totale avec la doctrine et les pratiques du Christ et des apôtres, en leur substituant des philosophies et des doctrines païennes dans les fêtes de l’Église, les jeûnes, les images, les reliques et bien d’autres encore. À cause de l’ignorance et de la barbarie à cette époque, la plupart des hommes et des femmes auraient été incapables de lire les Écritures, même si celles-ci avaient été disponibles et s’ils avaient voulu le faire (Mosheim, page 491).

Néanmoins, la population a commencé à développer un esprit critique en voyant les abus constants de l’autorité ecclésiastique par un clergé ignorant et avide, par les scandales à la cour papale, ainsi que par l’implication compromettante des papes et des cardinaux dans les affaires temporelles et religieuses.

À la fin de « la captivité babylonienne » en 1378, le pape Grégoire XI retourna à Rome. Mais à sa mort, sous les pressions et les manœuvres politiques, deux papes furent élus par les cardinaux ! Le monde vit alors les deux chefs élus de la chrétienté se maudire, se menacer, s’accuser et s’excommunier mutuellement pendant plusieurs années.

Mosheim décrit avec justesse ce triste état de fait : « Pendant cinquante années, l’Église eut deux ou trois chefs et les pontifes contemporains s’agressaient les uns les autres à coup d’excommunications, de malédictions et de complots. Les calamités et le désarroi de cette période sont indescriptibles. En plus des tensions et des guerres perpétuelles entre les factions pontificales, sources de pertes financières, humaines et matérielles, presque tout sens de la religion s’était perdu, et la méchanceté bénéficiait d’une impunité et d’une force croissante jour après jour ; le clergé, déjà corrompu, n’essayait même plus d’avoir l’apparence de la piété et de la dévotion, bien que ceux qui s’appelaient eux-mêmes les fondés de pouvoir du Christ menaient une guerre ouverte entre eux. Le peuple consciencieux, qui croyait que personne ne pouvait être sauvé sans vivre en étant soumis au vicaire du Christ, fut plongé dans une immense perplexité et une anxiété d’esprit » (Mosheim, page 496).

Tel était l’état provoquant de la « chrétienté » à l’aube de la Réforme. Les hommes auraient-ils pu se demander : « Est-ce que Jésus-Christ a vraiment bâti cette Église ? »

 

Les précurseurs de la Réforme

L’Histoire semble parfois fournir d’étranges dilemmes. Deux options sont ainsi évoquées concernant l’existence de la véritable Église de Dieu pendant le Moyen Âge. L’une est que l’Église de Dieu, constituée d’un corps visible et organisé de croyants, cessa d’exister pendant plusieurs siècles. L’autre est que l’Église catholique – dont nous venons de décrire la dépravation extrême – serait la descendante légitime de l’Église que Jésus-Christ avait promis de bâtir (Matthieu 16 :18).

Cependant, de nombreux historiens commencent à prendre conscience qu’il existait des groupes de croyants, ancrés dans la vérité apostolique, dispersés dans presque tous les pays d’Europe avant l’époque de Luther (Mosheim, page 685).

Bien avant les prémices de la Réforme, beaucoup de ces mouvements indépendants et groupes religieux s’affirmèrent suite au déclin de l’influence et de la puissance papale. Certains d’entre eux avaient en leur sein des croyants ancrés dans la vérité apostolique, longtemps forcés à rester dans l’ombre à cause des persécutions et des enlèvements réguliers.

Parmi ces groupes, nous trouvons les albigeois ou les cathares, des « puritains » dont le mouvement prit de l’ampleur dans le sud de la France autour de l’an 1170. Les cathares utilisaient largement les Écritures, bien qu’ils fussent réputés pour avoir rejeté certains passages de l’Ancien Testament (A History of the Christian Church, Williston Walker, page 250).

Ils traduisirent et mirent en circulation des exemplaires du Nouveau Testament, répudiant l’autorité de la tradition et attaquant les doctrines catholiques du purgatoire, de l’adoration des images et des prétentions sacerdotales. Leur doctrine semble être un mélange de vérité et d’erreur, mais leur rejet de l’autorité papale provoqua une « croisade » contre eux à l’initiative du pape Innocent III en 1208. Par conséquent, ce groupe fut presque entièrement éradiqué par le massacre sauvage de la plupart des habitants de la région, y compris de nombreux catholiques (Hurlbut, page 119).

 

Les vaudois

Les membres d’un autre groupe de croyants, ancré dans les enseignements et les pratiques apostoliques, portaient le nom de vaudois. Mosheim nous rapporte comment les vaudois « se multiplièrent et s’étendirent à une vitesse surprenante à travers tous les pays d’Europe, sans pouvoir être totalement exterminés par les différents châtiments, qu’il s’agisse de la mort ou d’autres formes de persécutions » (page 429).

Au sein de la dénomination vaudoise, il y avait assurément différentes mouvances qui étaient plus proches de la vérité apostolique que d’autres. Certains vaudois « considéraient l’Église de Rome comme la vraie Église du Christ, bien que très corrompue ». Mais d’autres, « maintenaient que l’Église de Rome avait renié le Christ, que le Saint-Esprit lui avait été enlevé et qu’il s’agissait de la prostituée  babylonienne  mentionnée par saint Jean » (Mosheim, page 430). Comme nous l’avons déjà vu, les ennemis de ces groupes chrétiens dispersés les accusaient souvent de falsifier les doctrines et une grande partie de la vérité biblique qu’ils détenaient a probablement été perdue avec la destruction de leurs écrits originaux. Mais parfois, même les ennemis des vaudois laissèrent des témoignages éloquents concernant leurs valeurs morales et leur doctrine. Le récit suivant, rapporté par une source fiable et ancienne, illustre la foi et les pratiques des premiers vaudois : « Le roi Louis XII, ayant été informé par les ennemis des vaudois (habitant en Provence) de plusieurs crimes atroces qui leur étaient imputés, envoya pour enquêter sur les lieux le sieur Adam Fumée, maître des Requêtes, et un docteur de la Sorbonne nommé Parui, qui était son confesseur : ils visitèrent toutes leurs paroisses et leurs temples, et n’y trouvèrent aucune image, ni vestige d’ornement des messes et des cérémonies de l’Église romaine, [ils] trouvèrent qu’il n’était rien des crimes qu’on leur imputait […] Le roi, ayant entendu le rapport de ces commissaires, dit avec fermeté qu’ils étaient plus gens de bien que lui et que son peuple » (Histoire des Vaudois, Jean-Paul Perrin, éditions Chouët, 1619, pages 41-42).

Il est évident que beaucoup d’hommes et de femmes fidèles pendant le Moyen Âge avaient à l’esprit une grande partie de la connaissance de « la foi qui a été transmise une fois pour toutes ». Ils se rassemblaient souvent au sein d’organisations religieuses afin de célébrer le culte. Bien qu’ils fussent parfois éparpillés et persécutés, ils formaient une Église qui conservait l’état d’esprit, la foi et les pratiques du Christ et de Ses apôtres.

Cette connaissance de la vérité et des pratiques apostoliques, que les vaudois possédaient en grande partie, était disponible pour Luther et les autres réformateurs s’ils l’avaient souhaité.

En plus de ces groupes de croyants dispersés qui existèrent – indépendamment de Rome – pendant des siècles, quelques dirigeants au sein de l’Église catholique s’inquiétèrent du déclin spirituel et appelèrent à réformer les choses, avant la Réforme proprement dite.

 

Le travail de John Wycliffe

Un des réformateurs les plus remarquables avant la Réforme fut John Wycliffe, né vers 1330 dans le Yorkshire, en Angleterre. Il est souvent surnommé « le précurseur de la Réforme ».

Il obtint une distinction universitaire à Oxford avant de devenir docteur en théologie, puis il occupa plusieurs postes honorables à l’université. Il fit rapidement partie des dirigeants qui essayèrent de combattre les abus flagrants du clergé.

Wycliffe s’attaqua au système monastique des ordres mendiants, avant de s’opposer à l’autorité du pape en Angleterre. Il écrivit aussi contre la doctrine de la transsubstantiation et défendait un service religieux plus simple, selon les exemples du Nouveau Testament.

Il enseignait que les Écritures étaient la seule loi de l’Église. Cependant, il ne rejeta pas totalement la papauté, mais seulement les abus de cette dernière (Walker, page 299).

L’incompétence du clergé le conduisit à envoyer ses prédicateurs, les « prêtres pauvres », qui sillonnèrent le pays deux par deux – afin de travailler là où c’était nécessaire. Ils rencontrèrent un vif succès car il existait déjà un grand ressentiment contre la taxation papale étrangère et un désir de revenir à une foi plus biblique.

 

Wycliffe enseigna l’obéissance aux Dix Commandements

Bien qu’il ne développât jamais totalement sa doctrine et qu’il était empêtré depuis la naissance avec les concepts de l’Église catholique à son époque, Wycliffe comprenait clairement le besoin de rétablir l’obéissance aux Dix Commandements. Il n’utilisa jamais les astuces caractéristiques des réformateurs qui lui succédèrent pour se soustraire à la doctrine apostolique. L’historien reconnu Augustus Neander décrivit cette approche honnête. Il déclara qu’une des premières œuvres de Wycliffe, en tant que réformateur, « fut un éclaircissement détaillé des Dix Commandements, dans lequel il opposait la vie immorale qui prévalait à tous les niveaux, à son époque, avec ce que ces commandements demandaient. Nous devrions sans aucun doute garder à l’esprit ses propres paroles disant qu’il fut conduit à faire cela à cause de l’ignorance qui conduisit la plupart des gens à trahir le décalogue ; et que c’était pour s’opposer à une tendance qui montrait plus d’intérêt pour les opinions des hommes que pour la loi de Dieu. Mais dans le même temps, nous ne pouvons que constater une inclinaison à adopter en entier la forme de loi de l’Ancien Testament, qui se retrouve dans son application de la loi du sabbat à l’observance chrétienne du dimanche » (General History of the Christian Religion and Church, volume IX, pages 200-201).

Peut-être est-il dommage que Wycliffe n’ait pas eu de successeur capable de poursuivre son œuvre en Angleterre. Mais sa traduction de la Bible en anglais, achevée autour de 1382-1384, a rendu un service important et durable à ses contemporains. « Le plus grand service qu’il rendit au peuple anglais fut sa traduction de la Bible et son combat ouvert pour qu’ils aient le droit de lire la Bible dans leur propre langue » (Fisher, page 274).

Ses opinions furent condamnées par la hiérarchie romaine, mais les tentatives de l’emprisonner se révélèrent inefficaces grâce à ses amis et ses disciples. Il fut alors autorisé à se retirer dans sa paroisse de Lutterworth, où il décéda de mort naturelle. Avec son décès, l’importance politique du mouvement lollard, comme il était surnommé, toucha à sa fin. Quelques-uns de ses disciples restèrent secrètement actifs jusqu’à la Réforme.

Par contre, ses écrits et ses enseignements se diffusèrent à l’étranger. « Wycliffe eut une influence bien plus grande en Bohême que dans son pays natal » (Walker, page 301).

 

Le soulèvement hussite

Les positions de Wycliffe trouvèrent plus d’écho en Bohême qu’en Angleterre grâce aux efforts de Jan Hus.

Hus était né en Bohême vers 1370 et il était un fervent étudiant des écrits de Wycliffe. Il prêcha la plupart de ses doctrines, notamment celles s’opposant aux ingérences papales. En tant que recteur de l’université de Prague, Hus eut rapidement une influence importante en Bohême.

Au départ, il semble qu’il espérait réformer l’Église de l’intérieur et il avait la confiance de ses supérieurs ecclésiastiques. Mais en tant que prédicateur, il dénonça les péchés prédominants du clergé avec beaucoup de zèle et il commença à devenir suspect. Lorsqu’il fut chargé d’enquêter sur certains miracles supposés de l’Église, il déclara qu’ils étaient faux et il dit à ses disciples de cesser de chercher des signes et des miracles, mais de sonder plutôt les Écritures.

Finalement, « sa condamnation véhémente du commerce inique des indulgences provoqua son excommunication papale » (Fisher, page 275). Le roi fut clément à son égard en le persuadant de s’exiler. Malheureusement, il accepta plus tard de se rendre au Concile de Constance, après avoir reçu la promesse d’un sauf-conduit de la part de l’empereur. Il défendit le fait que ses enseignements s’accordaient avec les Écritures, mais il fut condamné par le concile et livré aux autorités civiles pour être exécuté. Cette méthode fut presque toujours utilisée pour préserver « l’innocence » de l’Église catholique dans ces situations.

La promesse impériale de « sauf-conduit » fut brisée en vertu du principe catholique selon lequel « la parole donnée à un hérétique n’a aucune valeur » (Hurlbut, page 121). Hus fut cruellement condamné à mourir sur le bûcher. Sa mort courageuse et celle un an plus tard de Jérôme de Prague, un de ses grands soutiens qui partageait son esprit et ses idéaux réformateurs, stimula le mouvement réformateur en Bohême et influença ses concitoyens pendant de nombreuses années (Fisher, page 276).

 

Jérôme Savonarole

Un homme né en 1452 à Florence, en Italie, allait défier la corruption du pape sur son propre territoire. Il s’agit de Jérôme Savonarole. Celui-ci fut tellement dégoûté de la méchanceté et de la débauche papale qu’il devint moine dans l’ordre des dominicains afin d’échapper en partie aux maux qui l’entouraient.

Il prêcha violemment contre la méchanceté ecclésiastique, sociale et politique de son époque – peu importe l’âge, le genre ou la condition, il n’épargna personne. Personne ne l’écoutait au début, mais il finit par remplir la cathédrale. Il n’utilisait plus des raisonnements dans ses sermons, mais il prêchait au nom du Très-Haut (Fisher, page 276).

Pendant quelque temps, il accomplit un semblant de réforme dans la ville et il devint brièvement le dirigeant politique et religieux de la ville de Florence. Mais suite à sa gestion politique, il se fit des ennemis jurés, dont le pape Alexandre VI. Refusant de se taire, Savonarole fut bientôt excommunié, capturé et emprisonné. Après un procès à charge, il fut pendu, brûlé sur un bûcher et ses cendres furent jetées dans l’Arno.

Les historiens reconnaissent que les intérêts de Savonarole n’étaient pas tant les réformes doctrinales que la purification des valeurs morales. Cela devait être accompli au sein de l’Église catholique. Nous pouvons ajouter que, jusqu’à un certain point, ce fut aussi le cas de Wycliffe et Hus. Tous les trois avaient été élevés dans la foi, la pratique et l’idéologie catholique. À l’exception probable de Wycliffe, les deux autres sont morts incontestablement dans la foi catholique – même s’ils cherchaient à réformer de l’intérieur.

Il est évident qu’un simple homme, aussi capable et zélé fusse-t-il, ne pouvait pas apporter la purification de la débauche spirituelle de l’Église catholique dans son ensemble. Suite à l’accroissement de la puissance papale, seul le pape et ses proches auraient pu le faire.

 

Des obstacles à une vraie réforme

Mais les implications de ce système inique étaient si grandes, la vente des postes ecclésiastiques si courante, les tentations de faire de l’argent avec le commerce des indulgences et les autres revenus de l’Église si présentes, que même un réformateur sincère faisant partie de la cour papale n’aurait rien pu faire. « Lorsque des hommes ont dépensé toute leur fortune pour acheter un poste lucratif, qui avait été mis aux enchères, n’aurait-il pas été monstrueux de supprimer ces postes ? Et il n’y avait pas d’argent à offrir en compensation. À la mort de Léon X, la papauté était endettée et en faillite. Un pape réformateur n’avait aucune chance de réussite. Chaque porte était fermée et chaque rouage était grippé » (The Continental Reformation, Plummer, page 15).

Cependant, d’autres abus politiques, sociaux et économiques à travers l’Europe conduisaient vers une réforme – sans parler des abus religieux. D’une manière ou d’une autre, comme nous le verrons ultérieurement, une sorte de réforme se préparait à ébranler implacablement la complaisance régnant à cette époque.

Mais comme nous l’avons vu, les hommes qui essayèrent de réformer ce système corrompu étaient tellement endoctrinés par les enseignements de Rome qu’il leur était difficile de s’en séparer totalement. Nous devons garder à l’esprit que ces hommes – tout comme Luther, Zwingli, Calvin et leurs associés – ont tous été élevés dans la doctrine et les pratiques catholiques pendant leur enfance.

Cependant, d’un point de vue spirituel, la vraie question du moment n’était pas de savoir s’il y aurait une sorte de réforme, mais plutôt s’il y aurait un véritable retour à « la foi qui a été transmise une fois pour toutes ». Un retour au véritable christianisme originel était nécessaire. Un retour au véritable Évangile, à la foi et aux pratiques du Christ et de l’Église apostolique aurait marqué le début d’une nouvelle ère de justice, de dévotion, de paix et de joie.

Une vraie réforme de ce genre était-elle en préparation ? Cette question devrait nous intéresser au plus haut point, car sa réponse déterminera – dans une large mesure – la véritable signification de la division religieuse et de la confusion actuelle.

Nous présenterons les réponses à ces questions essentielles et le dénouement de ce mystère fascinant dans la suite de cette série d’articles.

 

Le pape François et la Réforme

 

Le 31 octobre 2016, à l’occasion du 499ème anniversaire des « 95 thèses » de Martin Luther, le dirigeant de l’Église catholique, le pape François, s’est rendu en Suède pour participer aux nombreux événements marquant le lancement des 500 ans de la Réforme protestante. Sur place, il participa à un service commun de prière dans une cathédrale luthérienne de la ville de Lund – une ancienne cathédrale catholique qui fut confisquée lorsque la Suède rejeta officiellement le catholicisme comme religion d’État.

En célébrant la vie et l’œuvre d’un homme qui provoqua un des plus grands schismes religieux de l’Histoire, François reconnaissait que, de façon compréhensible, Luther était en colère contre les péchés mondains de l’Église catholique à son époque en déclarant : « Avec gratitude, nous reconnaissons que la Réforme a contribué à donner une meilleure centralité de la Sainte Écriture dans la vie de l’Église [catholique] » (La Croix, 1er novembre 2016).

Plus qu’aucun autre homme sur la Terre, le pape François personnifie actuellement l’Église catholique et il pourrait sembler étrange de le voir faire l’éloge de Luther, dont le mouvement prétendait répudier l’autorité même dont François se réclame. Mais de telles actions sont la marque de fabrique du pape François, qui a non seulement tendu la main aux luthériens, mais aussi aux dirigeants évangéliques, pentecôtistes et orthodoxes. Ce pape semble avoir en tête une certaine forme d’unité œcuménique.

Les prophéties bibliques parlent non seulement d’une vision globale et corrompue du christianisme, représentée par la prostituée d’Apocalypse 17, mais aussi des enfants de cette prostituée (verset 5) représentant des Églises qui sont sorties de son sein.

Alors que la prophétie se réalise, l’histoire détaillée de cette série spéciale vous donnera les clés nécessaires pour comprendre les événements rapportés dans les actualités !

 

(cliquer pour agrandir la frise chronologique ci-dessous)

 

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