L’Angleterre se rebelle contre Rome

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Quelle est la véritable histoire de la Réforme en Angleterre ? Fut-elle un retour à la véritable foi délivrée par Jésus-Christ ? Cette série d’articles contient des réalités historiques frappantes que vous devez connaître !


La vérité au sujet de la Réforme protestante
Septième partie

 

Des millions de livres, de brochures et de tracts protestants affirment que « la Bible, toute la Bible et rien que la Bible constitue la religion des protestants ».

Dans les numéros précédents de cette série, nous avons découvert, au moyen de la Bible et d’écrits historiques, le remarquable changement qui eut lieu dans le mouvement portant le nom de « christianisme » peu après la mort des premiers apôtres. Des philosophies et des traditions païennes se sont introduites dans l’Église de Dieu. Pendant le Moyen Âge, la hiérarchie religieuse était devenue un repère d’iniquité, d’idolâtrie et d’abominations en tout genre.

Nous avons vu comment Martin Luther s’était rebellé contre cette hiérarchie corrompue, mais il était resté attaché à la plupart de ses doctrines et de ses traditions. En fait, il se rebellait contre toute forme d’autorité et, de façon présomptueuse, il ajouta un mot dans la Bible. Dans son désir, guidé par la culpabilité, de se débarrasser de l’obéissance à la loi divine, Luther traduisit ainsi Romains 1 :17 : « Le juste vivra par la foi seule. » Cette attitude conduisit Luther à tolérer la bigamie du landgrave de Hesse et à encourager le massacre de plusieurs centaines de ses concitoyens au cours de l’infâme guerre des Paysans.

Dans le dernier numéro de la revue du Monde de Demain, nous avons abordé les enseignements et les actions sévères de Jean Calvin, qui étaient basés sur sa théorie de la prédestination. Souvenez-vous de sa déclaration disant que Dieu ne crée pas tous les hommes « en pareille condition, mais Il ordonne les uns à la vie éternelle, les autres à la damnation éternelle » (Institution de la religion chrétienne, livre 3, chapitre 21:5, éditions Beroud, page 428).

Les conséquences choquantes du système rigoureux de Calvin ne peuvent être comprises qu’en découvrant comment il ordonna de brûler vif sur le bûcher son opposant religieux, Michel Servet. Nous reviendrons en détail sur cet épisode dans le prochain article de cette série.

Dans l’immédiat, nous allons découvrir la vérité fascinante concernant la Réforme en Angleterre.

Comme nous l’avons fait jusqu’à présent, continuons de nous demander s’il s’agissait d’un retour à la foi et aux pratiques de Jésus-Christ et des apôtres – un retour à « la Bible, toute la Bible et rien que la Bible ».

 

La révolte anglaise

Le troisième mouvement réformateur essentiel qui doit être étudié est celui qui se produisit en Angleterre. Cette réforme fut encore davantage imposée par la force que sous Jean Calvin.

La soi-disant « Réforme » anglaise est attribuable aux actions d’un seul homme : le roi Henri VIII. Sous son influence, la révolte anglaise ne produisit aucun dirigeant religieux d’exception et très peu de doctrines différentes, aussi une analyse détaillée de ses progrès n’est pas nécessaire pour comprendre son rôle unique dans la Réforme. Cependant, le fait d’en comprendre les origines principales et les conséquences est important, car cela nous aidera à comprendre son influence ultérieure sur les peuples anglophones à travers le monde.

 

Le roi Henri VIII

Lors de l’accession d’Henri au trône d’Angleterre en 1509, il était déjà d’usage que les rois contrôlent la plupart des nominations ecclésiastiques et de nombreux hommes d’Église très éduqués étaient nommés à des postes politiques élevés. Naturellement, cela conduisit à de nombreux abus, en encourageant souvent la cupidité, la malhonnêteté et les astuces mondaines au sein du haut clergé.

Cette situation eut aussi tendance à diminuer l’allégeance religieuse normalement ressentie par le clergé catholique à l’égard de Rome. À cause des postes politiques et des intérêts personnels, cette allégeance fut remplacée par un sentiment de loyauté nationale. Cela fut encore renforcé par un antagonisme national croissant contre toutes les ingérences étrangères, qu’elles soient papales ou autres (An Outline of the Catholic Church, Reginald Walker, page 401).

Avec de telles circonstances, il ne fut pas difficile pour Henri VIII, un jeune monarque élégant, brillant et vaniteux, d’influencer et d’intimider le clergé catholique anglais selon ses caprices.

Henri avait hérité un grand trésor de son père, Henri VII, et il jouissait une immense popularité auprès de ses sujets. Suite à l’alliance politique avec l’Espagne, son père l’avait promis en mariage à Catherine d’Aragon, la fille du roi Ferdinand II et d’Isabelle de Castille. Elle fut d’abord mariée à Arthur Tudor, le frère aîné d’Henri, mais ce mariage n’aurait jamais été consommé en raison de la mort prématurée d’Arthur.

Catherine avait environ six ans de plus qu’Henri. Cela ne faisait pas beaucoup de différence au début, mais après quinze années de mariage, ce roi passionné et entêté se retrouva lié à une femme de 40 ans, en surpoids et au vieillissement prématuré. À cette époque, Henri assouvissait déjà ses désirs avec de nombreuses maîtresses depuis plusieurs années. Cette situation aurait pu perdurer encore longtemps, mais deux événements eurent lieu.

Tout d’abord, il semble qu’Henri tomba fou amoureux d’Anne Boleyn et elle insista pour devenir son épouse. Ensuite, un seul des six enfants de Catherine survécut et c’était une fille, Marie. Jamais une femme n’avait dirigé l’Angleterre auparavant et Henri craignait que l’absence d’héritier mâle ne conduise à une guerre civile. Il voulait épouser une autre femme et obtenir un héritier mâle (The Period of Reformation, Ludwig Hausser, pages 170-171).

 

La question du mariage

En 1526, Henri demanda à Rome une déclaration annulant son mariage avec Catherine. Sa demande était basée sur le fait qu’elle avait d’abord été mariée à son frère, avant que celui-ci ne décède, et qu’une dispense papale avait été accordée afin qu’elle puisse se remarier, car cette relation constituait normalement une entrave au mariage selon la loi catholique.

Henri souhaitait désormais que cette dispense et, par conséquent, son mariage soient déclarés invalides. Il essaya d’obtenir le soutien de Thomas Wolsey – qu’il avait nommé lord chancelier (ministre de la Justice) et que le pape Léon X avait fait cardinal.

Jusqu’à présent, Wolsey avait été le bras droit d’Henri. Mais il était aussi le représentant du pape et il essaya de se protéger en trouvant un compromis. Cette question fut donc remise à plus tard, car le pape et Wolsey espéraient qu’Henri change d’avis.

Cette procédure commença bientôt à venir à bout de la patience du roi. Thomas Cranmer et Thomas Cromwell lui conseillèrent de présenter son cas devant des universités européennes. Henri suivit ce conseil, en faisant usage de corruption à l’étranger et de menaces au sein du pays, afin d’obtenir l’autorisation partiale d’érudits et de théologiens protestants pour son divorce (The Reformation, George Fisher, page 319).

Dans le même temps, Henri démit le cardinal Wolsey de ses fonctions sur de fausses accusations. Le cardinal déchu tomba malade et il mourut sur le chemin de son procès pour trahison. Ce ne sera pas la dernière mort dans ce dossier. Comme les événements le montrent, Henri n’hésitait pas à exécuter ceux qui s’opposaient à son insatiable soif de femmes et de pouvoir.

Henri intimidait désormais le Parlement anglais afin qu’il vote un texte stipulant qu’il était « le protecteur et le chef suprême de l’Église et du clergé d’Angleterre ». Après un long débat, la précision suivante fut ajoutée : « autant que cela soit permis par la loi du Christ. » Il força alors le Parlement à voter des lois coupant les revenus du pape en Angleterre et interdisant l’introduction de bulles papales dans le pays (Fisher, page 320).

Alors que son cas était en suspens à Rome, Henri divorça à la hâte et il se remaria officiellement, mais en secret, avec Anne Boleyn le 25 janvier 1533. Il est évident qu’il avait entretenu avec elle une relation illégale et adultère au préalable, car le 7 septembre de la même année, elle enfanta une fille, Élisabeth, qui deviendra reine à son tour (Walker, page 403).

Peu après, le nouveau favori d’Henri, Thomas Cranmer, fut nommé archevêque de Canterbury. Le 23 mai, il présida un tribunal ecclésiastique et il jugea formellement que le mariage d’Henri et de Catherine était nul et non avenu.

 

La rupture avec Rome

Le résultat inévitable de cette décision ne se fit pas attendre. Le 11 juillet 1533, le pape Clément VII publia une bulle prononçant l’excommunication d’Henri. Celui-ci répliqua en obtenant du Parlement un texte interdisant tous les versements d’argent au pape, ordonnant que tous les évêques soient désormais désignés par le roi et abolissant toute reconnaissance de l’autorité papale (Fisher, pages 320-321).

En novembre 1534, le Parlement promulgua le fameux Acte de suprématie, dans lequel Henri et ses successeurs furent désignés comme « chef unique et suprême sur Terre de l’Église d’Angleterre », sans aucune clause de limitation et avec le pouvoir de corriger les « hérésies » ou les « abus » (Documents of the Christian Church, Henry Bettenson, page 322).

La rupture avec Rome était désormais totale. Bien que l’entêtement d’Henri en fût la cause principale, cela n’aurait pas pu avoir lieu sans le fort sentiment nationaliste et le dégoût de l’autorité papale qui régnaient déjà au sein du peuple anglais.

L’action qui rendit toute réconciliation impossible avec Rome fut la décision d’Henri de confisquer les monastères et les terres abbatiales, et de redistribuer une partie des richesses ainsi pillées à ses courtisans et ses amis (Fisher, page 321).

« Pour effectuer ce travail, Henri avait trouvé un nouvel homme de main en la personne de Thomas Cromwell (ca 1485-1540), un individu d’origine modeste tour à tour soldat, marchand et usurier, à qui Wolsey avait souvent fait appel comme mandataire financier et parlementaire. En 1531, Cromwell fut nommé au Conseil privé [comité conseillant le monarque] ; en 1534, maître des Rouleaux [président de la Cour d’appel civile] ; et en 1536, tout laïque qu’il était, vice-régent des affaires ecclésiastiques pour le roi. Henri désirait s’accaparer les possessions ecclésiastiques, à la fois pour maintenir sa cour somptueuse, ainsi que pour rallier et récompenser des partisans – la Réforme fut marquée partout par ces confiscations – et il chargea Cromwell, à la fin 1534, de visiter les monastères et d’en faire un état des lieux. Les faits allégués, dont la véracité ou la fausseté fait encore l’objet de débats, furent présentés en février 1536 devant le Parlement qui accorda au roi, “à ses héritiers et pour toujours, de gérer et d’utiliser comme bon leur semble” tous les monastères ayant un revenu inférieur à 200 livres annuelles. 376 d’entre eux furent ainsi réquisitionnés » (Walker, page 404).

Comme Walker le fait remarquer, il est important de noter que c’était une pratique courante chez les princes et les nobles protestants de confisquer les richesses de l’Église catholique dès que cela était possible. Il est évident que la plupart de ces « protestants » influents était plus intéressés par le fait de s’enrichir que par les changements théologiques en cours. En fait, la rupture d’Henri avec Rome n’engendra presque aucun changement doctrinal, à part le rejet de l’autorité papale et l’institution du monarque anglais en tant que « chef » de l’Église.

Toute cette situation découlait principalement de la débauche sexuelle et de la soif de pouvoir du roi Henri – pas de la volonté d’hommes sincères cherchant à rétablir la vérité biblique.

 

Des développements théologiques

Pendant cette époque, plusieurs dirigeants religieux insulaires furent influencés par la Réforme sur le continent. L’un d’entre eux, William Tyndale, traduisit le Nouveau Testament en anglais. Cependant, il n’arriva pas à le faire publier en Angleterre. Cette traduction fut donc éditée sur le continent en 1526, mais de nombreuses copies réussirent à être introduites en Angleterre, bien que les autorités religieuses et civiles aient tenté de l’interdire.

Le fait de placer la Bible dans les mains du peuple prépara la voie aux changements doctrinaux ultérieurs basés sur l’approche luthérienne. Mais pour l’instant, la doctrine catholique romaine était plutôt renforcée (Walter, pages 404-405).

La propre attitude religieuse du roi Henri était l’orthodoxie catholique, à l’exception du rôle de la papauté. Il fit parfois de légères concessions doctrinales pour faire plaisir aux protestants allemands lorsqu’il avait besoin de leur soutien. Mais en 1539, par peur de la France et de l’Espagne, Henri amena le Parlement à promulguer l’acte des Six Articles qui renforçait strictement la doctrine de la transsubstantiation, des vœux de chasteté, de la confession auriculaire et d’autres pratiques catholiques (Fisher, page 324).

Cependant, il procéda la même année à la confiscation complète de tous les monastères, ainsi qu’au renforcement de sa position à la tête de l’Église et de l’État. Le partage des richesses confisquées aux ecclésiastiques bâtit la fortune de la classe protestante dominante, dont les intérêts personnels résidaient désormais dans la séparation avec Rome.

Ils étaient catholiques dans la doctrine, mais protestants en accordant à Henri le droit de se substituer au pape en tant que chef de l’Église et de partager avec eux le butin des monastères pillés.

 

Les frasques conjugales du roi Henri

En tant que « chef suprême » de l’Église d’Angleterre (aussi appelée Église anglicane), la conduite d’Henri à l’égard de ses ennemis et de ses épouses était à l’extrême opposé des principes chrétiens.

À l’été 1535, il fit cruellement exécuter deux grands universitaires et théologiens, l’évêque John Fisher et sir Thomas More, car ils avaient refusé d’appuyer sa suprématie sur l’Église et le clergé d’Angleterre. De nombreux notables payèrent de leur vie leur désaccord avec les opinions d’Henri.

Voici un bref résumé de la férocité d’Henri à l’égard de ses épouses et des nobles :

« Henri était atrocement cruel, autant envers ses épouses qu’envers ses ministres et ses sujets de rang inférieur. Catherine d’Aragon survécut moins de trois ans à sa répudiation, en s’éteignant d’une mort exemplaire le 8 janvier 1536. À peine fut-elle mise en terre qu’Anne Boleyn, qui avait pris sa place dans le cœur de son mari et qui était la cause de son infortune, fut accusée d’adultère, d’inceste et de haute trahison, avant d’être déclarée coupable et décapitée au pied de la tour de Londres, le 19 mai 1536. Cranmer, qui avait précédemment prononcé le mariage entre Henri et Anne valide “en vertu de son autorité apostolique”, était désormais appelé à inverser la décision et à déclarer que ce même mariage était et avait toujours été nul et non avenu “au nom du Christ et pour la gloire de Dieu”. Le jour de l’exécution d’Anne, Henri s’habilla en blanc et le lendemain matin, il se maria avec Jane Seymour, qui mourut (le 24 octobre 1537) moins de deux semaines après avoir donné naissance à un fils, connu plus tard sous le nom d’Édouard VI. Henri épousa ensuite Anne de Clèves au début de l’année 1540. Il s’agissait d’un mariage politique, élaboré par l’entremise de Thomas Cromwell, qui espérait renforcer la cause protestante en Angleterre et accroître son propre pouvoir à travers l’influence de la nouvelle reine qui était connue pour être luthérienne. Ayant été trompé sur sa beauté et son attraction personnelle, Henri l’épousa uniquement parce qu’il n’avait pas d’autre choix et, après avoir vécu avec elle pendant six mois, il obtint le divorce principalement pour ces motifs (le 13 juillet). En moins d’un mois (le 8 août), il se remaria avec Catherine Howard qui, peu après avoir été accusée d’adultère, fut déclarée coupable et décapitée le 13 février 1541. La sixième et dernière femme d’Henri, Catherine Parr, faillit être décapitée à son tour après avoir osé exprimer sa différence sur des questions théologiques avec le chef de l’Église d’Angleterre ; mais elle réalisa rapidement son erreur et elle échappa à la vengeance royale en flattant avec adresse sa grande sagesse et sa connaissance théologique, en montrant sa plus humble soumission à son jugement et en affirmant qu’en le contredisant elle avait seulement désiré l’entraîner dans un débat houleux, car lorsqu’il était énervé, il semblait oublier la douleur de la maladie dont il souffrait. Grâce à cette échappatoire clairvoyante, Catherine garda la tête sur les épaules et elle eut la chance de survivre à ce monstre brutal, qui mourut en 1547.

« Henri régna 38 ans et pendant cette période il ordonna l’exécution de deux reines, deux cardinaux, deux archevêques, huit évêques, treize abbés, 500 pères et moines, 38 théologiens et docteurs de la loi, douze ducs et comtes, 164 aristocrates, 124 roturiers et 110 dames » (Manual of Universal Church History, John Alzog, pages 322-323).

 

Les avancées du protestantisme sous Édouard VI

À la mort d’Henri VIII, la majorité des Anglais était du côté du roi décédé, ne souhaitant pas voir de grands changements dans la doctrine et le culte (Walker, page 408). Malgré cela, l’Angleterre allait assister à l’introduction de nombreux enseignements luthériens sous le règne d’Édouard VI.

Édouard accéda au trône à l’âge de 9 ans seulement. Le duc de Somerset devint immédiatement régent et il dirigea le conseil gouvernemental. Il avait des convictions protestantes et il était ami avec le monde paysan défavorisé.

Sous l’influence du régent et de l’archevêque Cranmer, de nombreux changements furent apportés dans la doctrine et le culte.

À cette époque, les « Six Articles » furent révoqués et la véritable base doctrinale de l’Église d’Angleterre fut établie. Cranmer était un protestant convaincu et il fit venir des théologiens luthériens pour prendre conseil auprès d’eux.

Les lois renforçant le célibat des prêtres furent abolies. En suivant l’exemple de Luther, la communion avec le pain et le vin pour la congrégation fut introduite. L’utilisation de la langue anglaise fut rendue obligatoire pendant la messe, et les réformateurs continentaux aidèrent à rédiger les livres de prières et la liturgie (History of the Christian Church, George Fisher, pages 357-358).

Pendant cette période, les bases du protestantisme anglais furent définitivement posées. Mais, comme nous l’avons vu, c’est le protestantisme des réformateurs allemands qui fut importé par petites touches.

 

Le règne sanglant de la reine Marie

Les avancées réformatrices s’arrêtèrent brusquement avec la mort prématurée d’Édouard VI en 1553 et l’accession au trône de la reine catholique Marie Tudor. Grâce à la connivence de quelques aristocrates protestants, Marie obtint la sympathie de la plupart de ses sujets lorsqu’elle fut couronnée (Walker, page 405).

Elle avança d’abord avec prudence, en suivant le conseil astucieux de son cousin, l’empereur Charles Quint. Rapidement, le Parlement fit volte-face en déclarant valide le mariage de sa mère avec Henri VIII. Les attitudes capricieuses des monarques et des dirigeants politiques anglais à l’égard du mariage sont consternantes. Leurs actions n’étaient qu’une honteuse parodie des paroles du Christ : « Ce donc que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas » (Marc 10 :9, Darby).

Ces actions montrent aussi que le cœur du peuple britannique n’était pas tout à fait convaincu de sa « nouvelle » foi protestante. Un érudit anglais a cyniquement rapporté : « Avec le parlement, Marie n’avait aucune difficulté. Comme un contemporain l’avait fait remarquer, ils auraient voté l’établissement de la religion mahométane avec le même empressement et le même zèle si la reine l’avait demandé » (The Reformation, J.A. Babington, page 286).

Sans grande opposition, Marie persuada le Parlement de révoquer la législation ecclésiastique votée sous le règne d’Édouard et le culte public fut restauré sous la forme qu’il avait au cours de la dernière année d’Henri VIII. Mais Cranmer était désormais emprisonné et une grande partie des protestants les plus sincères s’étaient enfuis sur le continent.

À la même époque, Marie se maria avec le fils de l’empereur Charles Quint, Philippe – qui allait bientôt devenir Philippe II d’Espagne. La crainte de la domination catholique et espagnole rendit ce mariage extrêmement impopulaire auprès des sujets de Marie et elle perdit une grande partie du soutien public suite à cette décision (Histoire de l’Église chrétienne, Fisher, page 359).

Les nobles anglais craignaient à présent de perdre les biens ecclésiastiques qu’ils avaient pillés et des soulèvements eurent lieu. Au cours de cette période, il est difficile de dire si ces incidents furent provoqués par leurs convictions protestantes ou par leur nationalisme anglais (Hausser, page 569).

Marie « la sanglante » (Bloody Mary) commença bientôt à exterminer ses ennemis et 50 personnes furent pendues en février 1554. L’innocente lady Jeanne Grey et son mari, lord Guildford Dudley, furent exécutés au motif fallacieux d’avoir conspiré contre la couronne. Marie n’avait jamais eu beaucoup d’affection pour sa sœur Élisabeth et elle la fit emprisonner à la tour de Londres. Pendant toutes ces années, Élisabeth évita prudemment de faire quoi que ce soit qui puisse éveiller les soupçons de Marie à son sujet et elle conserva ainsi la vie sauve (Hausser, pages 570-573).

Dès le début de cette persécution, les nobles et le parlement anglais étaient prêts à abandonner le protestantisme et « à régulariser l’Église et sa doctrine selon le plaisir du pape si personne n’interférait avec la répartition des biens de l’Église… » (Hausser, page 571). Cela montre clairement que ces nobles étaient davantage concernés par leur convoitise de l’argent et du pouvoir, que par leur volonté de trouver la véritable religion.

Une fois que Marie permit aux désormais ex-protestants de conserver les biens ecclésiastiques pillés, le Parlement consentit aussitôt à obéir au pape et à renouveler les édits contre les hérétiques. Ceux qui continuaient à s’opposer à la religion catholique commencèrent à être activement persécutés. Au cours des trois dernières années du règne de Marie, environ 270 « hérétiques » protestants furent brûlés vifs, dont 55 femmes et quatre enfants (Hausser, page 571).

La plupart de ces personnes restèrent fidèles à leurs convictions protestantes jusqu’à la fin. Leur dirigeant spirituel, Thomas Cranmer, qui avait été archevêque de Canterbury sous Henri VIII et Édouard VI, ne fut pas aussi constant qu’eux. Il renia d’abord ses convictions protestantes sous le règne de Marie en espérant avoir la vie sauve. Mais lorsqu’il comprit qu’il mourrait quoiqu’il advienne, son courage réapparut. Il revint sur son reniement, en déclarant qu’il était protestant et il mourut dignement. Comme Fisher le fit remarquer : « Dans quelle direction serait-il allé s’il avait eu la vie sauve ? Il est impossible de le savoir… » (Babington, page 328).

Sous la reine Marie, le gouvernement poursuivit les protestants comme des criminels. Cela engendra naturellement une haine contre Rome au sein du peuple anglais. Pas à cause d’un véritable sentiment religieux, mais l’idée émergeait, d’un point de vue politique, que « le protestantisme et la nationalité anglaise étaient identiques » (Hausser, page 573).

Lorsque nous voyons le fort sentiment « protestant » parmi les peuples de souche britannique, nous devons en comprendre la raison. Un esprit de nationalisme anglais se développa en opposition à Rome. C’est une religion nationale qui a perduré en Angleterre jusqu’à aujourd’hui. Comme beaucoup d’observateurs l’ont fait remarquer, son histoire a toujours varié en se basant davantage sur la politique et le pouvoir que sur des motifs religieux sincères.

Le peuple anglais demeura partiellement dans une situation de rébellion jusqu’à la mort de la reine catholique Marie en novembre 1558. La nation accueillit à présent sa sœur, Élisabeth, sur le trône (Fisher, page 362).

 

L’établissement du protestantisme anglais

Comme Henri VIII l’avait fait auparavant, Élisabeth s’attribua rapidement le rôle de chef de l’Église d’Angleterre. Cependant, puisque le titre de « chef suprême » était remis en question par les catholiques, elle prit celui de « gouverneur suprême » de l’Église nationale (Walker, page 414).

Petit à petit, les principes protestants mis en place sous Édouard VI furent réintroduits. La loi d’uniformité de 1559 restaura l’usage du livre de prières d’Édouard VI dans toutes les églises. Tous les habitants étaient obligés d’assister à l’Église nationale, au risque d’être condamnés à une amende, sauf pour « raisons de force majeure ou excuse légitime » (A Short History of the Christian Church, John Moncrief, page 339).

Babington écrivit au sujet de la versatilité hypocrite de la situation « religieuse » en Angleterre à cette époque : « En l’espace de quelques années, le Parlement britannique renia officiellement ses croyances religieuses pour la troisième fois. Il est inutile de vouloir donner une raison crédible à cela. Le fait de penser qu’en faisant ces changements, les législateurs héréditaires et les représentants du peuple anglais auraient été guidés par un zèle spirituel ou une conviction religieuse atteindrait des sommets d’absurdité » (Babington, page 299).

Alors que la reine Élisabeth dominait sur les affaires civiles et religieuses, Matthew Parker devint le nouvel archevêque de Canterbury. Sous sa direction, les 42 articles de foi rédigés par Thomas Cranmer furent réduits à 39. En 1571, le Parlement les adopta comme étant la base de la doctrine de l’Église d’Angleterre. Ils établissaient « une forme de doctrine à mi-chemin entre le luthéranisme et le calvinisme » (Church History, J.H. Kurtz, page 315).

En réalité, la base religieuse de l’Église d’Angleterre était plutôt un mélange de luthéranisme, de calvinisme et de catholicisme. Les 39 articles étaient principalement basés sur la confession de foi luthérienne (Moncrief, page 339) et, bien entendu, la théorie de Luther sur la justification par la foi seule avait été conservée. Les doctrines de Calvin sur la « sainte Cène » et la prédestination étaient également acceptées.

Cependant, de nombreux rites, coutumes et concepts catholiques étaient conservés. « Les trente-neuf articles contiennent de nombreux dogmes protestants, mais ils conservent aussi une grande partie du culte catholique » (Moncrief, page 340).

Bien que certaines modifications aient été apportées de temps à autre, les doctrines et la religion instaurées à l’époque de la reine Élisabeth sont restées essentiellement les mêmes au sein de l’Église d’Angleterre actuelle (Church History, James Wharey, page 240).

 

En résumé…

Notre but n’est pas de présenter une histoire détaillée des différentes séparations et divisions au sein des trois « branches » principales du protestantisme. Comme nous l’avons déjà vu, les doctrines de Luther se répandirent dans le nord de l’Allemagne, puis de là vers les pays scandinaves et le Nouveau Monde. La théologie de Calvin domina la Suisse, certaines régions de France et d’Allemagne, les Pays-Bas et l’Écosse. Plus tard, ses variantes s’implantèrent également en Amérique, particulièrement dans les États de la Nouvelle Angleterre.

L’anglicanisme n’a survécu dans sa forme originale qu’en Angleterre. Mais nous le retrouvons au sein des pays du Commonwealth britannique et en Amérique où il a pris le nom « d’Église épiscopale » protestante ou d’autres dénominations qui conservent des croyances presque identiques.

Il est important de comprendre, en tant que principe directeur, que chaque grande dénomination protestante doit reconnaître un de ces mouvements réformateurs clé en tant que son ancêtre légitime. Et le luthéranisme, le calvinisme et l’anglicanisme doivent reconnaître qu’ils viennent tous, en premier lieu, de l’Église de Rome.

Pour en revenir à l’Angleterre, nous pouvons affirmer que les trois principales Églises qui sont sorties du mouvement « puritain » du 17ème siècle – les presbytériens, les congrégationalistes et les baptistes – doivent une grande partie de leurs doctrines, leurs coutumes et leurs concepts à Calvin.

Le mouvement ultérieur des méthodistes, sous John et Charles Wesley, ne changea pas les doctrines de base de l’Église d’Angleterre. Il s’agissait seulement d’une  réforme au sein de l’Église anglicane, en rejetant la prédestination et en mettant l’accent sur la sainteté personnelle et une conscience du « témoignage de l’Esprit » dans le croyant (Histoire de l’Église chrétienne, Jesse Lyman Hurlbut, éditions Vida, page 152, traduction Philippe Le Perru).

Vers la fin de sa vie, John Wesley exhorta ses disciples à rester dans l’Église d’Angleterre, en déclarant : « Je vis et je meure en tant que membre de l’Église d’Angleterre ; et personne dans mon jugement ne pourra jamais m’en séparer » (Bettenson, page 361).

Il est donc clair que l’Église anglicane, qui tire ses origines de Rome, a elle-même engendré d’autres organisations religieuses partageant les mêmes doctrines de base. Nous voulons mettre l’accent sur le fait que toutes les grandes divisions au sein de la « chrétienté » protestante s’accordent sur la plupart de leurs doctrines de base, de leurs traditions et de leurs concepts religieux. Nous verrons plus tard les implications que cela engendre.

De retour à la révolte anglaise, nous voyons que la passion incontrôlée du roi Henri VIII pour les femmes et pour le pouvoir fut à l’origine d’une nouvelle organisation religieuse. La vérité brutale est que la « Réforme » en Angleterre fut le résultat de la débauche et qu’elle connut le succès grâce aux pressions politiques et à l’usage de la force !

Un historien protestant de renom admet ainsi que « la caractéristique remarquable de la révolte anglaise est qu’elle ne produisit aucun dirigeant religieux d’exception – pas de Luther, de Zwingli, de Calvin ou de Knox. Avant le début du règne d’Élisabeth, elle ne manifesta pas non plus un réveil spirituel considérable parmi le peuple. Elle est le résultat de pressions politiques et sociales » (Walker, page 415).

Comme nous l’avons vu, la révolte anglaise tire son origine dans la débauche et le péché d’Henri VIII. Elle devint populaire auprès du peuple grâce à un esprit de nationalisme et d’antagonisme contre Rome. Sa réussite tient à la cupidité de la noblesse anglaise qui s’appropria les terrains et la richesse des monastères catholiques. Elle fut placée sur le trône au moyen de l’action royale qui disposait d’une puissance sans limite accordée par le Parlement aux monarques anglais.

Il est reconnu que ce mouvement n’a pas produit de dirigeants religieux dignes de ce nom. Il n’y eut presque pas de réveil religieux parmi la population. Ses motifs étaient politiques et sociaux.

Répondons honnêtement et sans détour aux questions suivantes : s’agissait-il d’un retour au christianisme pur du Nouveau Testament ? S’agissait-il d’une restauration, guidée par l’Esprit, de « la foi transmise une fois pour toutes » ?

Dans la prochaine et dernière partie, la véritable signification de tout ce que nous avons vu, ainsi que les réponses à ces questions deviendront claires. Nous devons savoir d’où vient réellement le « christianisme » protestant de nos jours – et nous devons savoir où il se dirige ! Ne manquez pas la dernière partie de cette importante série d’articles !

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